Les crises biologiques, évènements exceptionnels qui ont profondément marqué l’histoire de la faune et de la flore terrestre, permettent de subdiviser les temps géologiques.
Les grandes crises biologiques
L’évolution de la vie est en effet marquée par ces périodes d’extinctions massives et quasi-simultanées de nombreuses espèces.

Biosphère : histoire de la vie et grandes crises biologiques
L’histoire de la vie sur Terre n’est pas celle d’une progression régulière et tranquille. Depuis des centaines de millions d’années, la biosphère traverse des périodes de diversification extraordinaires, interrompues par des crises au cours desquelles une part considérable des espèces disparaît.
Ces crises biologiques, inscrites dans les roches et les fossiles, ont profondément marqué l’histoire de la faune et de la flore. Certaines furent si importantes qu’elles servent à délimiter les grandes périodes des temps géologiques.
Mais les extinctions ne sont pas seulement une histoire du passé.
Pour la première fois, une espèce — Homo sapiens — est devenue l’un des principaux agents de transformation de la biosphère.
LES GRANDES CRISES BIOLOGIQUES
Une extinction est un phénomène naturel de l’évolution : des espèces apparaissent, se diversifient puis disparaissent.
Une extinction massive est d’une tout autre ampleur. Elle correspond à la disparition, à l’échelle géologique sur un temps relativement bref, d’une proportion considérable des espèces présentes sur la planète.
Depuis le début du Phanérozoïque, il y a environ 541 millions d’années, les paléontologues distinguent traditionnellement cinq grandes crises biologiques, les « Big Five ».
La crise de la fin de l’Ordovicien — environ 444 millions d’années
Elle affecte essentiellement la vie marine, puisque les continents sont encore très peu colonisés.
Une importante glaciation entraîne une baisse considérable du niveau des mers. Les vastes mers peu profondes, qui abritaient une grande partie de la biodiversité marine, régressent.
Puis le réchauffement qui suit la glaciation bouleverse à nouveau les océans.
Les variations climatiques et marines sont donc étroitement associées à cette première grande crise de la biodiversité.
Les crises du Dévonien supérieur — autour de 372 à 359 millions d’années
Il ne s’agit probablement pas d’un événement unique, mais d’une succession d’épisodes d’extinction.
Les récifs sont particulièrement touchés ainsi que de nombreux organismes marins.
Les causes restent discutées : modifications du niveau marin, changements climatiques, perturbation de l’oxygénation des océans et transformations du cycle du carbone ont probablement joué des rôles complémentaires.
Les crises biologiques ont rarement une histoire simple.
La crise Permien–Trias — environ 252 millions d’années
C’est la plus importante extinction massive connue de l’histoire de la vie.
Elle est parfois surnommée « la Grande Mort ».
Une part immense de la biodiversité marine disparaît, ainsi qu’un nombre considérable d’espèces terrestres.
Les gigantesques éruptions volcaniques des Trapps de Sibérie ont joué un rôle majeur. Elles ont libéré d’énormes quantités de gaz, bouleversant le climat, le cycle du carbone et la chimie des océans.
Réchauffement brutal, acidification et appauvrissement des océans en oxygène ont contribué à rendre une grande partie de la planète hostile à la vie.
Et pourtant, la biosphère s’en remettra.
Il lui faudra des millions d’années.
La crise Trias–Jurassique — environ 201 millions d’années
Une nouvelle extinction massive frappe les écosystèmes marins et terrestres.
Là encore, un volcanisme gigantesque est impliqué : celui associé à la dislocation progressive de la Pangée et à l’ouverture future de l’océan Atlantique.
De nombreux groupes disparaissent ou régressent fortement.
Cette crise va notamment libérer des niches écologiques dont profiteront les dinosaures, qui connaîtront ensuite une extraordinaire diversification au Jurassique.
IL Y A 66 MILLIONS D’ANNÉES : LA FIN DU MONDE DES DINOSAURES
C’est la plus célèbre des grandes crises biologiques.
Autrefois appelée crise Crétacé–Tertiaire, elle porte aujourd’hui le nom de crise Crétacé–Paléogène, ou K–Pg.
Il y a environ 66 millions d’années, un astéroïde d’une dizaine de kilomètres de diamètre frappe la région correspondant aujourd’hui à la péninsule du Yucatán, au Mexique.
L’impact forme le gigantesque cratère de Chicxulub.
Les conséquences sont planétaires : projections de poussières et d’aérosols dans l’atmosphère, incendies, perturbations climatiques majeures et effondrement de nombreuses chaînes alimentaires.
Environ les trois quarts des espèces disparaissent.
Avec elles disparaissent notamment les ammonites et tous les dinosaures non aviens.
Car les dinosaures n’ont pas totalement disparu : les oiseaux actuels sont les descendants d’une lignée de dinosaures théropodes.
Les mammifères, déjà présents depuis des dizaines de millions d’années, survivent eux aussi à la catastrophe. Dans les millions d’années qui suivent, ils se diversifient considérablement et occupent une partie des niches écologiques laissées vacantes.
Une extinction massive détruit donc une partie du monde vivant.
Mais elle modifie également profondément les conditions dans lesquelles l’évolution se poursuit.
CLIMAT, VOLCANISME, OCÉANS : POURQUOI LA VIE S’EFFONDRE-T-ELLE ?
Il n’existe pas une cause unique commune à toutes les crises biologiques.
L’histoire de la Terre montre au contraire plusieurs mécanismes capables de bouleverser la biosphère.
Les grandes glaciations font baisser le niveau marin et réduisent les mers peu profondes particulièrement riches en espèces.
À l’inverse, des réchauffements très rapides peuvent modifier la circulation des océans, diminuer leur teneur en oxygène et provoquer leur acidification.
Des épisodes volcaniques gigantesques peuvent injecter dans l’atmosphère des quantités considérables de dioxyde de carbone et d’autres gaz.
Et, exceptionnellement, un événement extraterrestre comme l’impact de Chicxulub peut bouleverser le fonctionnement de la planète entière en un temps extrêmement court.
Le point commun de ces événements n’est donc pas leur origine.
C’est la rapidité et l’ampleur des modifications imposées aux écosystèmes.
Toutes les espèces ne disposent pas du temps ou des capacités nécessaires pour s’adapter.
LA VIE APRÈS LES CATASTROPHES
Aucune des cinq grandes extinctions n’a détruit toute vie sur Terre.
À chaque fois, des organismes ont survécu.
Puis, au cours des millions d’années suivantes, l’évolution a produit de nouvelles espèces, de nouveaux écosystèmes et parfois des formes de vie radicalement différentes.
La disparition des dinosaures non aviens a ainsi favorisé l’expansion des mammifères.
Bien auparavant, d’autres crises avaient permis à d’autres groupes de se diversifier.
La biosphère possède donc une extraordinaire capacité de renouvellement.
Mais il faut éviter une conclusion trompeuse : la vie se rétablit à l’échelle des temps géologiques, pas à celle d’une vie humaine.
Quelques millions d’années ne représentent presque rien dans l’histoire de la Terre.
Pour nous, ils représentent l’inimaginable.
DODOS, MOAS : QUAND L’HOMME DEVIENT UN FACTEUR D’EXTINCTION
Les extinctions récentes introduisent un élément nouveau : l’influence croissante de l’Homme.
Le dodo, grand oiseau incapable de voler vivant sur l’île Maurice, en est devenu l’un des symboles.
L’arrivée des Européens au XVIIe siècle bouleverse son environnement. La chasse joue un rôle, mais l’introduction de rats, de porcs et d’autres animaux qui consomment ses œufs contribue également à sa disparition.
À la fin du XVIIe siècle, le dodo n’existe plus.
L’histoire des moas de Nouvelle-Zélande est tout aussi spectaculaire.
Ces grands oiseaux incapables de voler comprenaient plusieurs espèces, dont certaines atteignaient environ trois mètres. Ils disparaissent quelques siècles après l’arrivée des Polynésiens, ancêtres des Māori, en Nouvelle-Zélande, sous l’effet principalement de la chasse et des transformations de leur environnement.
Dans les deux cas, des espèces qui avaient évolué pendant des millions d’années dans des milieux insulaires disparaissent très rapidement après l’arrivée de l’Homme.
UNE SIXIÈME EXTINCTION ?
L’expression « sixième extinction de masse » est aujourd’hui fréquemment employée pour décrire l’érosion extrêmement rapide de la biodiversité contemporaine.
Elle doit néanmoins être utilisée avec précision.
Nous ne sommes pas encore arrivés à une extinction d’une ampleur comparable aux cinq grandes crises enregistrées dans les archives géologiques. En revanche, les taux actuels de disparition des espèces et le déclin de nombreuses populations montrent que la biodiversité subit une pression exceptionnelle.
Et cette fois, nous connaissons parfaitement l’acteur principal.
Les activités humaines modifient les milieux terrestres et marins, exploitent directement les organismes, introduisent des espèces dans de nouveaux écosystèmes, polluent l’environnement et modifient le climat.
Les cinq grands facteurs directs de l’érosion actuelle de la biodiversité identifiés par l’IPBES sont :
- les changements d’utilisation des terres et des mers ;
- l’exploitation directe des organismes ;
- le changement climatique ;
- les pollutions ;
- les espèces exotiques envahissantes.
Ces phénomènes n’agissent pas séparément. Ils se renforcent souvent les uns les autres.
LA BIOSPHÈRE NOUS SURVIVRA PROBABLEMENT
Il est tentant de dire que l’Homme détruit « la planète ».
Ce n’est pas tout à fait exact.
La Terre a traversé des collisions d’astéroïdes, des glaciations, des bouleversements climatiques gigantesques, des épisodes volcaniques d’une ampleur inimaginable et cinq grandes extinctions.
Elle continuera son histoire.
La vie elle-même nous survivra très probablement.
Mais les espèces, les écosystèmes et les équilibres biologiques dont dépend notre civilisation peuvent, eux, être profondément altérés.
L’histoire géologique nous enseigne ainsi une leçon paradoxale.
La vie est extraordinairement résistante à l’échelle de la planète. Elle peut être extraordinairement fragile à l’échelle des espèces.
Et pour la première fois dans cette très longue histoire, une espèce possède suffisamment de connaissances pour comprendre qu’elle modifie la biosphère dont elle dépend.
Reste à savoir ce qu’elle fera de cette connaissance.

Sortes de grandes autruches vivant en Nouvelle-Zélande et dépassant trois mètres de hauteur.
Sources biologie Bordas
NB : Cet article appartient à une série initialement publiée sur mon ancien blog consacré à la géologie. Il s’appuyait notamment sur des ouvrages pédagogiques et scientifiques disponibles à l’époque. Le texte a été entièrement révisé et actualisé en 2026 afin de tenir compte de l’évolution des connaissances.
Sources et références
- IPBES – Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques — Global Assessment Report on Biodiversity and Ecosystem Services (2019). Rapport mondial de référence sur l’état de la biodiversité et sur les cinq grands facteurs directs de son érosion : changement d’usage des terres et des mers, exploitation directe des organismes, changement climatique, pollution et espèces exotiques envahissantes.
Consulter le rapport de l’IPBES - Natural History Museum, Londres — What is mass extinction and are we facing a sixth one? Présentation des cinq grandes extinctions de masse et mise en perspective de l’actuelle érosion de la biodiversité.
Consulter le dossier du Natural History Museum - Natural History Museum, Londres — What killed the dinosaurs? Données sur la crise Crétacé–Paléogène, survenue il y a environ 66 millions d’années, l’impact de l’astéroïde de Chicxulub et la disparition des dinosaures non aviens.
Consulter le dossier consacré à l’extinction des dinosaures - Natural History Museum, Londres — Documentation sur la crise Trias–Jurassique et la diversification des dinosaures qui lui succède.
Consulter le dossier sur le Jurassique - Sources de la version originale — Ouvrages pédagogiques de biologie et de sciences de la Terre, notamment les éditions Bordas, ainsi que les enseignements scientifiques ayant servi à la rédaction de la série géologique originale.
- OpenAI – ChatGPT (GPT-5.6 Sol) — Assistance à la vérification des données scientifiques, à l’actualisation des connaissances et à la reformulation de la version 2026 de cet article anciennement publié sur mon blog consacré à la géologie.
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