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Alfred WEGENER – Jeu de plaques

Les idées de Wegener sont alors mal reçues par les spécialistes. Il leur était bien difficile d’accueillir cette théorie sans aucune preuve physique ; par ailleurs, les conceptions du savant allemand bouleversaient trop les connaissances acquises de cette époque.

 

LA TERRE, UN JEU DE PLAQUES

 

WEGENER AVAIT RAISON

 

Son parcours

 

 

 

Alfred Wegener naît à Berlin en 1880. Après des études de mathématiques et de sciences, il se consacre à l’astronomie et à la météorologie. Passionné de voyages, il devient explorateur polaire et part à quatre reprises faire des études météorologiques, climatiques et géophysiques au Groenland. Au cours de sa quatrième expédition, en novembre 1930, il meurt d’épuisement. Sept mois plus tard, on retrouve son corps enseveli sous la neige.

Bien que n’étant pas spécialiste de géologie, Wegener, ainsi qu’un certain nombre d’esprits curieux l’ont fait avant lui, remarque un fait important et écrit en 1910 : « La côte orientale de l’Amérique du Sud ne s’adapte-t-elle pas précisément à la côte occidentale de l’Afrique, comme si elles avaient été jointes autrefois. » En 1911, il découvre dans un ouvrage de paléontologie l’étonnante similitude des fossiles d’Amérique du Sud et d’Afrique et pense immédiatement qu’une liaison terrestre a dû exister entre ces deux continents.

C’est à partir de ces deux observations qu’il élabore l’idée des déplacements horizontaux ou « dérive » des continents. En 1912, il présente, pour la première fois en public, son hypothèse qu’on a désignée en français sous le nom de « Dérive des continents ».

 

L’emboîtement des continents d’après le livre original de Wegener

Il fallu donc attendre 1960 pour voir « renaître » la « dérive des continents » et pour que « son père » bénéficie ainsi d’une gloire posthume.

Les découvertes des trente dernières années permettent en effet d’arriver à une synthèse connue sous le nom de « tectonique des plaques ». Bien des reconstitutions paléogéographiques de Wegener se trouvent ainsi confirmées ; quelques points cependant sont fondamentalement différents :

– Ce ne sont pas les seuls continents qui se déplacent comme « des icebergs de gneiss sur une mer de basalte » mais les plaques, unités bien plus vastes comprenant les continents ainsi que des portions océaniques :

– La dorsale médio-atlantique n’est pas simplement la cicatrice inerte née de la séparation des continents mais une zone particulièrement active où naissent les plaques.

La composition de la croûte continentale est essentiellement granitique tandis que celle de la croûte océanique est basaltique. Les plaques lithosphériques se déplacent par suite de l’activité tectonique et volcanique localisée à leurs frontières : dans les dorsales, il y a formation de croûte océanique tandis que dans les zones de subduction, le matériau des plaques repart en profondeur. Ce mouvement provoque la collision des plaques et entraîne la formation de chaînes de montagne. Dans les zones d’orogenèse, les roches subissent des contraintes, des augmentations de température et de pression et se transforment en roches métamorphiques.

 
 
 
 

Le blob, un animal de compagnie ?

 

Combien en possédez-vous ?

Aucun ? Si vous n’en avez pas et décidez de vous en procurer un :

Premièrement : votre choix dépendra de votre tempérament. Deuxièmement : du lieu que vous allez partager avec lui. Troisièmement : du temps que vous aurez à lui consacrer.

Les animaux se divisent en : a)  calme, douceur, ronronnements, silence de satisfaction : le chat. b) le chien d’appartement. c) en cage : les oiseaux. d) aquatiques : les poissons et les sirènes. e) apprivoisés : une tortue, un serpent ou alors …. « Vrai, nous entendons parler partout Ah !  mais d’un BLOB

Le blob

C’est une éponge descendue du ciel et messager du Seigneur, qui va vous donner un moyen de vous transformer, comme elle, en être immortel. Elle a aussi  une autre particularité, se muter en être vivant qui viendra, chaque fois qu’il a faim, se coller au plafond jusqu’au commandement d’en haut d’arrêter son châtiment et de lui donner à manger.

Aujourd’hui le blob est le compagnon favori de nombreux enfants qui en hébergent un, soi-disant, dans leur classe.

Un animal de compagnie favori transformé en physarum polycephalum. Le physarum n’est ni une plante, ni un animal ni un champignon. Encore moins un insecte. Mais, votre enfant s’occupera  d’un animal qui est en même temps une éponge. Passant d’un être vivant, leur chat, à un autre être vivant, d’une seule cellule, le blob, qui évolue rapidement vers l’immortalité.

Comme la relation à ce blob est bizarre ! On aperçoit en scène un personnage – apprend-on – qui est sans cerveau. Il semble réfléchir, essayer de rétablir sa situation d’animal sur pattes, par ses déplacements, alors qu’il est sans patte. S’il n’a pas de bouche, il mange.  Si vous le coupez en deux, en quatre ou plus, il se ressoude et s’agrandit. Il s’accouple en 720 sexes différents.  En Australie, il est orange, vert au Japon et jaune aux États-Unis. Maudit blob !

Qui est-il ?

Et le voilà qui vit dans l’ombre et l’humidité des forêts et cherche sa nourriture et tout ce qui s’ensuit, se protège de la lumière, la sécheresse….et de la limace comme tout autre animal.

Je vais vous raconter aussi la suite : qu’en captivité, il vit très bien dans une boîte et que si vous lui donnez des flocons d’avoine ou du jaune d’œuf, ils disparaissent à la minute de l’éclair,  et il reste tranquillement en place. Mais O misère, s’il s’aperçoit que vous oubliez de le nourrir, il se collera au mur ou au plafond de votre séjour, car il s’apercevra qu’il n’a pas eu de nourriture.

Et le voilà parti, O pas très vite, car il n’a pas de pattes et avance par contractions – et de deux en avant et d’une en arrière –  marchant très rapidement pour le Japonais, en une heure pour avancer de deux centimètres pour l’australien et beaucoup plus lentement pour l’Américain.

On dit que le blob pourra s’avérer très utile, vu qu’il ouvrira de nombreuses fenêtres sur notre propre espèce : il essaie de rétablir notre situation de mortel, compromise par notre créateur, de prolonger notre longévité, d’améliorer notre nutrition et nos perspectives d’avancées dans la médecine pour le cancer.

Mais, ne vous y trompez pas car il y a imprudence et naïveté à réfuter sérieusement des histoires qui ne sont pas sérieuses.

 

Bibliographie :

Un livre d’Audrey Dussutour. Chercheuse au CNRS, elle nous fait découvrir cette « chose » et le métier de chercheur qu’elle nomme sacerdoce. Il est destiné à financer ses recherches.

Éditeur : Équateur Sciences Avril 2017.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Beigbeder

L’écrivain Frédéric Beigbeder
Une des rares interview qu’il ait accepté de donner.

 

Frédéric Beigbeder

Frédéric Beigbeder est né le 21 septembre 1965 à Neuilly-sur-seine. Fils de Jean-Michel Beigbeder, chasseur de têtes et de Marie-Christine de Chasteigner, traductrice. Son enfance est marquée par le divorce de ses parents en 1973. Il grandit alors aux côtés de sa mère avec son frère aîné Charles. Il entre à Sciences Po et rencontre David Pujadas et Arnaud Montebourg. Il poursuit ses études au Celsa et obtient un DESS en marketing et publicité.

Au début des années 90, il fait partie du Caca’s Club (Clubs des analphabètes cons mais attachants) et se lie d’amitié avec Edouard Baer et Ariel Wizman. Il publie son premier roman Mémoires d’un jeune homme dérangé en 1990. Il devient très vite populaire et, repéré par Thierry Ardisson, il devient chroniqueur sur Paris Première et membre d’une prestigieuse agence de publicité comme concepteur-rédacteur. Publicitaire, il a une réputation de noctambule. Il écrit des chroniques dans plusieurs magazines (Paris-Match, Elle ou Voici) et publie deux autres romans Vacances dans le coma (1994) et L’amour dure trois ans (1997). En 1994, il créé un prix littéraire, le Prix de Flore, dont il est le Président.

En 2000, il publie le roman satirique 99 francs dans lequel il fustige le milieu professionnel où il travaille depuis dix ans, la publicité. Le livre est un énorme succès et s’écoule à plus d’un million d’exemplaires. Mais son employeur, l’agence Young & Rubicam, le licencie pour faute grave. Frédéric Beigbeder se consacre alors à l’écriture et reçoit le prix Interallié en 2003 pour Windows in the world. En 2003 et devient éditeur chez Flammarion durant trois ans. En 2007, il écrit la suite des aventures du personnage de 99 francs, Octave, dans Au secours pardon. Son roman largement autobiographique, Un roman français, décroche le Prix Renaudot en 2009. En septembre 2013, il devient directeur de la rédaction de magazine Lui. En 2015, il publie Conversations d’un enfant du siècle, un livre qui retranscrit ses entretiens avec plusieurs écrivains effectués depuis 1999.

On le voit sur le petit écran au milieu des années 2000 dans l’émission quotidienne de Canal+ Le Grand journal entre 2005 et 2007, puis il dirige l’émission le Cercle sur Canal+ cinéma. Enfin, il  passe derrière la caméra en 2010 pour réaliser l’adaptation de son roman L’amour dure trois ans. En 2015, il récidive l’expérience et s’attèle au tournage de L’idéal, adapté de son roman Au secours pardon.

Pour ce qui est de sa vie personnelle, Frédéric Beigbeder se marie au début des années 90 avec Diane de Mac Mahon, mais le couple divorce après quelques années. L’écrivain devient père d’une petite fille, Chloé, née en 1999 de son union avec Delphine Vallette. En avril 2014, il convole à nouveau et épouse aux Bahamas sa compagne depuis plusieurs années, le mannequin Lara Micheli. En novembre 2015, le couple donne naissance à une petite fille prénommée Oona. En décembre 2017, le couple attend une deuxième fille.

En 2018  : Il publie Une vie sans fin (possibilité de lire un extrait), Grasset, , 360 p. et La frivolité est une affaire sérieuse, Éditions de l’Observatoire. 

Actuellement, Frédéric Beigbeder est écrivain, animateur télé, DJ (parfois), réalisateur mais aussi critique littéraire et rédacteur en chef du magazine « Lui ».

 


Roman GRASSET

99 F.

Publication : 2000

Beigbeder

 

Présentation du livre :

Dans ce roman, on part du principe que tout s’achète, la Terre, l’amour, la raison, l’art, vous, moi. Octave 33 ans, le personnage principal travaille pour une agence publicitaire, côtoie les actionnaires et se met en scène pour dévoiler, dans un style très cru,  les dérapages du monde de la publicité dans la société occidentale. Son contrat de travail stipule qu’il doit créer des slogans publicitaires destinés à inciter les clients à acheter, mais il se trouve sans doute à un moment de sa vie, en l’occurrence très agitée, où il va se poser des questions morales. Alors, il se demande si cette Société de consommation n’est pas entrain de tous nous détruire, et lui en premier !

 

Constat :

J’ai énormément aimé ce livre, dès la première page, l’écriture de Frédéric Beigbeder « vous réveille ». Provocateur, on ne peut plus,  il raconte des pratiques illicites, débordements imprévisibles avant l’Assemblée Générale, c’est le roman d’un fils à papa, « un peu trop gâté ».

Le ton d’Octave, sa franchise, participe au plaisir qu’on a de découvrir ce livre au travers de son héros. C’est tout l’art d’écrire de Frédéric Beigbeder. Quant à Octave, il a une personnalité étonnante, allumée, mais qui vous incite à prendre son parti face aux requins des dirigeants marketing.

De plus, on comprend fort bien, au travers de ce livre combien les consommateurs sont manipulés par la publicité !  Il a su mettre en mots un  sujet de Société dans un style intellectuel déjanté. La plume est inégalable, les paragraphes, remplis de références sociétales,  de marketing-mix, en symbiose avec le lecteur. A la fin du livre,  il fait un triste retour sur son couple, il paie les pots cassés puisqu’il est en train de mourir. Mais on ne peut s’empêcher de penser : que c’est très cher payé d’avoir brûlé sa vie pour éteindre la soif de fonds de pension …

 

 

 

 

 

 

Image parMediamodifier de Pixabay

Houellebecq

 Mise à jour article 2010

L’écrivain Michel Houellebecq

 
Michel Houellebecq en 2016 – Auteur Fronteiras do Pensamento

Séance de dédicace à la librairie Mollat à Bordeaux. Un RTT consacré à l’écrivain, Michel Houellebecq, sociologue, au même titre qu’il est ingénieur agronome informaticien. Depuis la parution de son premier roman, publié il y a seize ans, Extension du domaine de la lutte, il n’a cessé d’écrire sur la réalité sociale.
La carte et le territoire a été plébiscité par les lecteurs : 200 000 exemplaires vendus. Son Goncourt était proposé en téléchargement gratuit par Florent Gallaire voir l’article.
Mise à jour du 2/12/2010: Florent Gallaire a retiré le 1er décembre le fichier de son site, accédant ainsi à la demande de Flammarion. Il ne reconnaît cependant aucun délit.
Préciosité et descriptions. L’écrivain Michel Houellebecq porte la marque de la philosophie de son temps. Celle des histoires. A chaque fois, dans ses livres, il fournit des données importantes qui dispensent de les rechercher dans les matériaux des sciences spéciales respectives ou dans des livres anciens. Dans la carte et le territoire,  c’est le fil conducteur du souvenir qui captive, alors on se plonge avec le plus grand intérêt, du début jusqu’à la fin, sans discontinuer,  dans son récit.
Reconnaissance d’une aristocratie intellectuelle de la nature. Rien ne semble plus vrai chez cet écrivain que ses expériences, ses récits de voyages, ses livres d’histoire, de sectes, de Raéliens, car des pensées sont uniquement en jeu, et il a le génie de savoir les retranscrire.  Il mérite d’être lu car il donne toujours les preuves. Selon certains, il nous procure des oeuvres d’un esprit d’élite, et il est d’un grand intérêt de le connaître pour s’élever à une culture véritable.
Récemment il a publié,  Sérotonine, avec sa vision du monde bien déprimante. Mais, bon, c’est de la belle prose Houellebecquienne remarquablement misogyne et homophobe d’un auteur vraiment désespéré. L’est-il vraiment ? Il vient pourtant de convoler. Espérons qu’il l’aime plus que celles dont il parle dans ses livres.
Sérotonine, un nouveau roman d’anticipation, comme prémonitoire avec le mouvement des Gilets jaunes. Meilleur que nos responsables politiques en place, lesquels n’avaient rien anticipés !  Michel Houellebecq parle de la France rurale proche de la misère. Souvent ironique, voire cynique, dans ce livre, l’écrivain décrit avec beaucoup d’empathie la vie difficile des agriculteurs.
 
 
 

Marcel Proust

 

 

  

 

 

Actuellement, nous parlons beaucoup de l’œuvre romanesque de Marcel Proust, écrivain Français né en novembre 1922. C’est en effet, bientôt l’anniversaire de sa mort qui eut lieu à Paris le . L’œuvre principale est une suite romanesque intitulée À la recherche du temps perdu, publiée de 1913 à 1927.

Les plus grands écrivains du siècle ont parlé de Marcel Proust, soit pour le louer, le condamner, se situer par rapport à lui. Le 18 novembre 1922, le numéro d’hommage de la N.R.F. (1er janvier 1923) a permis de connaître la place que l’auteur de la Recherche du temps perdu occupait alors parmi ses confrères, qui sous-entend la génération de 1870¹.

Si je m’intéresse à Proust pour avoir l’envie de rédiger cet article aujourd’hui, c’est en rapport avec l’image de mon père et  son livre de chevet « La recherche du temps perdu », qu’il reprenait invariablement en boucle lorsque un tome s’achevait. Je me suis toujours demandée la raison un tel engouement. Et j’ai interrogé les archives pour constater qu’après une interruption, malgré quelques critiques acerbes, la gloire de Proust, sa popularité parmi les nouveaux écrivains et critiques avaient toujours été au plus haut. Je ne m’étonnais plus de l’intérêt de mon père.  Les affres de l’Histoire, le ralentissement de la littérature engagée prônée par Sartre, les nouvelles recherches  techniques avaient renforcé ce mouvement.

L’accueil des écrivains en témoigne particulièrement.

Barrès, France

Anatole France avait préfacé Les plaisirs et les jours; A la fin de sa vie, il semble qu’il avait cessé de lire Marcel Proust, il ne le comprenait plus. « Je ne comprends rien à son œuvre. Il était agréable et plein d’esprit. Il avait un sens aigu de l’observation. Mais j’ai cessé de le fréquenter très vite². » Barrès, très populaire parmi les étudiants de 1890 , s’exprime dans son « hommage » comme un ami de Mme Verdurin, soit qu’il place sa propre œuvre bien en deçà, soit qu’il n’ait pu déceler sous les traits du jeune homme mondain « le plus aimable », un écrivain :

« Permettez-moi d’ajourner de m’en faire à moi-même une idée claire et bien vérifiée. Ce que je comprends, c’est que « cela existe ». Ce que j’enregistre, c’est l’opinion d’un Rosny aîné qui a vu bien des gloires d’un jour, bien des emballements tôt épuisés, et qui, hier, me disait : « Proust, c’est du nouveau. » (Hommage à M. Proust, N.R.F. p. 13-14.)

Paul Valéry

Valéry, qui clamait haut et fort qu’il ne lisait jamais de romans, montre dans la même revue ce qu’une intelligence supérieure a tiré de quelques pages seulement feuilletées :  « Proust a fait un emploi singulier d’un genre, le roman, qui est, comme le poème, un « usage particulier du discours ». Au monde fermé du poème s’oppose l’univers du roman, relié au monde réel. Mais la « vie » du roman n’est qu’un simulacre, dû à l’introduction « d’observations », ou « éléments reconnaissables ». La seule loi du plus libre des genres « ni rythmes, ni symétries, ni figures, ni formes, ni même composition déterminée ») est d’être « entraîné » par la suite et la fin (aventure ou connaissance). Proust a tiré de chaque élément de son existence, grâce à son pouvoir de « division », un « infini », toutes les créations de l’âme, en appliquant sa vie intérieure à la peinture d’une « société superficielle », équivalent de la Cour pour les écrivains du XVIIe siècle. Les personnages du « monde » ont une valeur symbolique, et dessinent des « figures simplifiées », « entités qui permettent le développement symétrique, et comme musical, des conséquences d’une situation bien isolée ». Les deux grands thèmes de cet article, la reconstitution des possibles de la pensée et les figures abstraites dessinées par les personnages, cachent mal ses lacunes : le roman de Proust obéit, en fait, à certaines lois du poème.

Le problème du temps est abordé par Valéry dans une lettre (19 janvier 1935, Lettres à quelques-uns, Gallimard, 1952, p. 224-225) : « Je suppose que Proust avait une excellent mémoire, et se plaisait à en raviver les détails les plus fins, comme on colore, pour le microscope, les chevelures des neurones. J’ai mauvaise mémoire (…) Ce travail d’écriture de Proust m’est inconcevable. »

Paul Claudel

L’hostilité de Claudel à l’égard de Proust, cependant héritier comme lui du symbolisme, a été profonde, permanente, viscérale (mais non réciproque; voir M. Proust, Chroniques, P. 108-109); des phrases comme : « Parlez-nous de Marcel Proust ! » ou « Nous sommes loin de Marcel Proust! »?  montrent que la Recherche apparaissait à Claudel comme un monde clos, limité, mesquin, sans aucun sens de l’épopée ni de la transcendance, c’est-à-dire le contraire de Tete d’or et Partage de midi : « Aux enfermés, l’ouverture ??… Qui sait s’il ne s’agit pas de cette pièce obscure et étouffante où s’était incarcéré le malheureux Marcel Proust, de ce laboratoire sinistre qu’il avait aménagé pour transformer la réalité en cauchemar??? ? ».

L’époque même de 1900 en aurait été défigurée « Tout de même il y eut autre chose au cours de ces années honorables (…) que les papotages de Mme Verdurin et les amours de M. de Charlus. ». D’où la condamnation : « Les pauvres gens à qui l’on a ôté toute idée directrice, tout principe de conduite transcendant, toute énergie autonome, et au même niveau, les dilettantes, les esthètes dans le genre de Marcel Proust, les organisations impuissantes, entièrement ordonnées à la sensation immédiate, entièrement immergées dans la circonstance, à quoi les comparer, sinon à ce qu’il y a de plus bas dans l’échelle animale????? »

Alain

Alain, que ses goûts littéraires portaient plutôt vers Balzac, Stendhal, Dickens, a senti et présenté en quelques lignes des traits essentiels de l’œuvre de Proust : la vision nouvelle, due à l’exploitation délibérée de l’expérience des premiers âges, de l’enfance comme de la société; l’importance de la « métaphore à l’état naissant », qui appartient à l’âge magique où l’image est une forme de connaissance, où le mythe tient lieu de science. Reste, dans ce propos du 10 décembre 1921, in cauda venenum, l’adjectif « déplaisant ».

« Mais voici un enfant qui n’a point fini de naître; toujours retournant à la pulpe maternelle (…) Vêtu et enveloppé de ses parents chéris; qui voit hommes et choses en ombres sur sa fenêtre; qui médite d’abord sur les mots, selon la loi de l’enfance; qui pense par les dieux du foyer; qui croit tout de ce monde proche, et ne croira jamais rien d’autre; qui découvre toutes choses à travers ce milieu fluide. » Le travail du romancier est comparable à celui du peintre : « Car le peintre de paysage, afin de représenter la distance des choses, l’horizon, la mer et le ciel, doit les réduire d’abord à une apparence colorée, sans aucune distance. Ainsi notre poète voit d’abord les choses et les gens projetés sur la peau de l’œuf familial.  » Le romancier-poète refait de tout ce qui nous entoure « apparition et fantôme ». « Tel est l’âge magique (…) où c’est le monde lui-même qui apparaît. Aux yeux d’une race active et industrieuse, le monde n’apparaît plus, il est³ »

André Gide

Gide avait refusé, pour Gallimard, Du côté de chez Swann, heurté, écrira-t-il à Proust,  par la réputation mondaine de ce dernier, son côté « rive droite », « beaux quartiers », et par une coquille d’imprimeur; il avait très peu lu du manuscrit. Il s’en excusa, et écrivit deux articles, « En relisant Les plaisirs et les jours » (Hommage à M. Proust, 1er janvier 1923, p. 111-114) et « A propos de Marcel Proust » (Incidences, Gallimard, 1924, p. 43-48; reprise d’un « billet » paru dans la N.R.F., du 1er mai 1921). Dans ce dernier, il conteste les critiques faites au style de Proust, qui a « toutes les qualités », aux phrases, dont la longueur a pour contrepartie la composition, à l’architecture (« une ordonnance cachée »). Il souligne la parenté de l’œuvre avec Balzac, avec Montaigne, et sa gratuité, qui rend l’œuvre plus utile que bien des œuvres « utiles ».

Mais le journal ne cache pas les réticences de plus en plus  grandes à mesure que l’on s’éloigne de la mort de Proust. La peinture de l’homosexualité est au centre du conflit : Gide accuse Proust de vouloir se protéger en offensant la vérité; cette hypocrisie, il la retrouve dans les lettres à Mme de Noailles; parfois même, une relecture de Proust le décourage d’écrire : on peut se demander si la jalousie que Gide devait ressentir aussi à l’égard de Valéry et de Malraux n’explique pas ses critiques, longtemps enfouies dans le Journal, à l’égard de Proust. Malgré un labeur acharné, l’auteur de Corydon avait conscience de ne pas égaler ce génie qui croissait, dans son jardin réservé de la N.R.F.

Jean Giraudoux

Giraudoux n’est allé qu’une fois chez Proust, emmené par Morand. Il lui a dédicacé Elpénor, en 1919  « J’aime son livre, je l’adore. » Dans un article unique, consacré à la réimpression de Swann chez Gallimard la même année (Feuillets d’Art, n° 1, juin 1919; repris dans Or dans la nuit), Giraudoux, pastiché dans Le côté de Guermantes et loué dans la préface de Proust à Tendres stocks de Morand, donne d’abord un bel exemple de critique mimétique. Il ressort de son introduction qu’après la guerre de 1914, les lecteurs avaient besoin d’évasion et de poésie; puis, en forme de dialogue-énigme, un portrait de Proust : « Ne désirez-vous pas qu’un écrivain s’enferme un jour chez lui, à trente ans, et dès lors qu’il écrive sans arrêt, dans une chambre tendue de liège et les fenêtres barricadées, pour que la rumeur du boulevard Haussmann n’arrive pas jusqu’à lui ? (…) Ne désirez-vous pas, mais avec passion, soucieux de ne pas voiler son cœur nu et humide comme une plaque photographique, qu’il ne sorte jamais le jour; qu’il sorte habillé de gris perle et de blanc; qu’il écrive sans relâche dix, quinze, vingt volumes; qu’il ne dorme jamais ? » Suivent des remarques sur le style de Proust, sur l’enfance, la mémoire, le « monde », les femmes; enfin c’est le résumé de Un amour de Swann. Mais cette paraphrase est devenue du Giraudoux : à un monde organisé a succédé la danse saccadée des images, si bien que la technique et la vision de Proust, rival de Balzac et de Dostoïevski, se sont perdues dans le vertige gracieux et superficiel de l’impressionnisme littéraire, Proust ne manqua pas d’en être amer : « C’était ravissant, bourré d’esprit et cela m’a déçu à un point ! »

Paul Morand et Jean Cocteau

Ces deux amis de Proust ont laissé de lui des croquis, plutôt qu’une étude littéraire. Morand, dans un poème de Lampes à arc (1920), « Ode à Marcel Proust » (1915) :

« Proust, à quels raouts allez-vous donc la nuit
pour en revenir avec des yeux si las et si lucides ?
Quelles frayeurs à nous interdites avez-vous connues
pour en revenir si indulgent et si bon ?
et sachant les travaux des âmes
et ce qui se passe dans les maisons,
et que l’amour fait si mal ? »

Le « dandy gris perle et noir » apparaît encore dans le Journal d’un attaché d’ambassade que Morand rédige en 1916-1917, et dans un essai plus tardif, Le visiteur du soir (La Palatine, Genève, 1949), suivi de quarante-cinq lettres de Proust.

Jean Cocteau, génie, lanceur de modes mais poète avant tout, retenant de son regard aigu le détail émouvant ou significatif, est l’un des rares contemporains de Proust à l’avoir véritablement fait parler, dans son article sur « La voix de Marcel Proust » : « Que Swann parle, ou Bloch, ou Albertine, ou Charlus, ou les Verdurin, j’écoute cette voix profondément rieuse, chancelante, étalée, de Proust lorsqu’il racontait, gémissait de raconter, organisait le long de son récit un système d’écluses, de vestibules, de fatigues, de haltes, de politesses, de fous rires, de gants blancs écrasant la moustache en éventail sur la figure. »

Il évoque également, en termes émouvants, sa dernière visite à Proust mort, sous le titre lui-même si proustien de « La leçon des cathédrales ». La pile des cahiers qui contient le manuscrit de la Recherche inédite, et ses esquisses, se trouve sur la cheminée :  » Cette pile penchait du côté de l’ombre, du côté de cette ombre doucement éclairée comme par une veilleuse de porcelaine blanche par ce pâle profil; et nous nous rappelâmes que c’étaient les cahiers que Marcel embrouillait et enchevêtrait s’il voulait nous lire quelque chapitre. Cette haute pile inégale de cahiers d’école, c’était, n’en déplaise aux amateurs de catastrophe, l’œuvre complète (…) de notre ami.

Cette pile de papier, à sa gauche, continuait à vivre comme la montre au poignet des soldats morts. »

Vient alors l’image qui rejoint celle d’une lettre de Proust à Gaigneron : « Une cathédrale de papier (…) d’où la recherche du temps perdu s’élevait et bâtissait en l’air une nef dont Albertine serait l’ange au sourire détruit, et les autres, les saints, les damnés et les gargouilles. » (Poésie critique I, Gallimard, 1959)

François Mauriac

Mauriac a rencontré Proust assez tard, le 3 février 1918, au cours d’une réception donnée en l’honneur de Francis Jammes. Mais il avait d’abord connu à vingt ans la préface à Sésame et les lys : « Dès les premières lignes de cette préface, je me sentis sur la frontière d’un pays inconnu. » A peine la parution de Swann, il en achète le premier tirage. Leurs relations (ils se rencontreront très peu, deux fois en tout, mais s’écriront) évolueront vers l’amitié. Dans Du côté de chez Proust, Mauriac a rassemblé plusieurs études, écrites à des dates différentes, et des lettres que Proust lui avaient adressées  (La Table ronde, 1947). Il y salue « la plus puissante œuvre romanesque de ce temps » non sans noter que « Dieu est terriblement absent de l’œuvre de Marcel Proust (…). Du seul point de vue littéraire, c’est la faiblesse de cette œuvre et sa limite; la conscience humaine en est absente. Aucun des êtres qui la peuplent ne connaît l’inquiétude morale, ni le scrupule, ni le remords, ni ne désire la perfection. Presque aucun qui sache ce que signifie pureté ».

En 1942, Mauriac nuance son admiration, la « contamination de tout un monde romanesque par ce morbide créateur qui l’a porté trop longtemps confondu avec sa propre durée, tout mêlé à sa profonde boue, et qui lui a communiqué les germes dont il se trouvait lui-même infecté ». Dans les Mémoires intérieurs, il reviendra à des éloges sans ombre.

Georges Bernanos

En 1926, Bernanos affirme que « le romancier a un rôle apologétique. C’est tellement vrai que l’œuvre de Proust, par cette espèce d’anxiété qui fait le fond des immenses joies intellectuelles qu’il nous donne, a pu être tenue pour bienfaisante. Ella a réveillé le désir de chercher. Elle a ouvert le champ » (repris dans Le crépuscule des vieux, Gallimard, 1956, p.81). Mais il affirme également que « la terrible introspection de Proust ne va nulle part »; comme Mauriac, il dénonce l’absence de Dieu. « Proust a cru pouvoir se placer au point de vue de l’observation pure. L’état de grâce intellectuel serait une indifférence totale au bien et au mal. Cette prétention paraîtrait soutenable si la loi morale nous était imposée du dehors, mais il n’en est rien. Elle est en nous, elle est nous-même. » (Ibid., p. 78-79.)

Jean-Paul Sartre

Un autre réquisitoire est dû à Sartre, non plus, au nom de la morale et de la théologie chrétienne, mais parce que sa philosophie de l’histoire conduit à l’engagement, au socialisme, au refus de la classe et de la culture bourgeoises. Sartre part d’un syllogisme simple : l’esprit d’analyse est caractéristique de la bourgeoisie; or Proust le pratique, donc Proust est un bourgeois, et, qui pis est, « le complice de la propagande bourgeoise, puisque son œuvre contribue à répandre le mythe de la nature humaine (…). Nous ne croyons plus à la psychologie intellectualiste de Proust, et nous la tenons pour néfaste ». (Situations II, Galimard, 1948, P. 18-23; le texte est de 1947.)

L’étude que fait rapidement, Sartre de l’amour selon Proust semble erronée : « Pédéraste, Proust a cru pouvoir s’aider de son expérience homosexuelle lorsqu’il a voulu dépeindre l’amour de Swann pour Odette; bourgeois, il présente ce sentiment d’un bourgeois riche et oisif pour une femme entretenue comme le prototype de l’amour. » Or, l’amour de Swann pour Odette n’est pas imaginé grâce à « l’expérience homosexuelle » de Proust (qui n’est d’ailleurs pas « pédéraste », au sens gidien du mot) : les expériences amoureuses de l’auteur de la Recherche ne sont pas seulement homosexuelles. L’amour de Swann n’est pas non plus le prototype de l’amour; mais répond à un projet global; Proust n’a jamais prétendu que l’homosexualité représentait la vérité de l’amour (et là-dessus, Deleuze se trompe également », mais simplement qu’elle permettait aussi d’en observer le fonctionnement. Enfin, « la conception synthétique de la réalité » que Sartre propose pour finir paraît proustienne : le dernier mot de Proust n’est pas l’analyse, c’est la synthèse **** , et le pouvoir révolutionnaire du langage.

Albert Camus

Un chapitre de L’homme révolté (1951), « Révolte et Art », contient un développement sur « Roman et révolte » (p. 319-331), où la place de Proust est à l’opposé de celle que lui concédait Sartre. Pour l’auteur de La peste, qui parle ici, sans le dire, un langage proche de celui de Malraux, dans le roman, l’univers trouve « sa forme » et « la vie prend le visage du destin »; ce qui caractérise le romancier, ce n’est pas l’analyse, mais la recherche de l’unité : « Il réunit, dans une unité supérieure, le souvenir perdu et la sensation présente, le pied qui se tord et les jours heureux d’autrefois. (…) Il n’a pas consenti à ce que les vacances heureuses soient à jamais perdues. Il a pris sur lui de les recréer à nouveau et de montrer, contre la mort, que le passé se retrouvait au bout du temps dans un présent impérissable, plus vrai et plus perdu n’est alors qu’un puissant moyen. La grandeur réelle de Proust est d’avoir écrit Le temps retrouvé (…). Sa victoire difficile, à la veille de la mort, est d’avoir pu extraire de la fuite incessante des formes, par les seules voies du souvenir et de l’intelligence, ces symboles frémissants de l’unité humaine.  » (L’homme révolté, Gallimard, 1956, p. 329-331.). Ainsi Camus rappelle-t-il, en 1951, cette vérité banale, mais si souvent oubliée, que seul Le temps retrouvé donne leur sens aux volumes qui l’ont précédé. Le dernier mot de l’œuvre est qu’elle « s’allie à la beauté du monde ou des êtres contre les puissances de la mort et de l’oubli ».

Georges Bataille

Dans La littérature et le mal (Gallimard, 1957), Bataille a regroupé quatre études. La première, « L’amour de la vérité et de la justice et le socialisme de Marcel Proust », montre comment, dans Jean Santeuil, à propos du personnage de Couzon (portrait de Jaurès), Proust a eu, « dans sa jeunesse, un sentiment socialiste ». La seconde, « La morale liée à la transgression de la loi morale », affirme que la quête de la vérité, chez Proust, n’allait pas, dans sa vie et chez ses personnages, sans recours au mensonge. D’où le passage à l’érotisme (« Nous vénérons, dans l’excès érotique, la règle que nous violons. Un jeu d’oppositions rebondissantes est à la base d’un mouvement alterné de fidélité et de révolte, qui est l’essence de l’homme. En dehors de ce jeu, nous étouffons  dans la logique des lois »), dont traite la troisième partie : « La jouissance fondée sur le sens criminel de l’érotisme. » Bataille commente la phrase de Sodome sur les fils qui « consomment dans leur visage la profanation de leur mère », l’épisode de Mlle Vinteuil, celui d’Albertine. Il identifie Vinteuil à Mme Proust et Mlle Vinteuil à Marcel, pour tirer de ce tableau une conclusion : « Le Mal semble saisissable, mais c’est dans la mesure où le Bien est la clé (…). Nous ne sortons de l’imbroglio où le Mal se dissimule qu’apercevant le lien des contraires, qui ne peuvent se passer l’un de l’autre. » « Justice, Vérité et Passion » affirme enfin que « Quelque chose est en nous de passionné, de généreux et de sacré qui excède les représentations de l’intelligence : c’est par cet excès que nous sommes humains. » Ce sacré, Bataille le lit  dans les colères de Proust, dans sa rage de vérité et de justice, qu’il trouve aussi dans Jean Santeuil.

Julien Gracq

A l’écart du « nouveau roman », héritier du romantisme allemand et du surréalisme, Julien Gracq est l’un des plus grands écrivains français de l’après-guerre – le plus grand peut-être. Ses premiers textes sur Proust paraissent dans ce journal de lecture (et de voyage) que constituent Lettrines (J. Corti, 1967), Lettrines 2 (J. Corti, 1974). En lisant en écrivant (J. Corti, 1981). A propos de Contre Sainte-Beuve, Gracq critique le style « cotonneux » et mou : « Les années seules pouvaient apporter cette mise au point : tout se passe comme s’il l’avait su, et attendu en faisant des gammes. » N’ayant « jamais pu savoir où il en était avec Proust », il le compare aux « sachets de potage déshydratés » qui se recomposent dans l’assiette. Proust est « snob », « myope » dans la description*****. Marquant son horizon historique, Gracq note : « Il y a le symbolisme aqueux où Proust a détrempé sa jeunesse  rien que quelque reflet évanescent d’une vision d’art, rien qu’une orchidée rare effeuillée sur le parvis d’une « petite revue » modern-style. Les grands créateurs de la Recherche sont fabriqués de matériaux de rebut : Helleu, croit-on (autant que Whistler) pour Elstir, Saint-Saëns pour Vinteuil, Hervieu, Lemaître et France pour Bergotte. » Proust a, toute sa vie, hésité entre sa situation sociale et sa situation d’écrivain : « La « situation acquise » de Proust fut, pendant presque toute sa vie, non littéraire, mais d’un tout autre ordre, et sa singulière hésitation sur la place qui lui était due témoigne peut-être d’un problème tardif, et original, de reconversion******. »

***

La dernière année de la vie de Proust commence comme les autres. Proust est malade, de l’asthme entre autres, et cependant on le retrouve à plusieurs reprises dans le « monde ». Au début du printemps 1922, retravaillant le manuscrit du Temps retrouvé, il appelle Céleste : « Vous savez, il est arrivé une grande chose, cette nuit (…). C’est une grande nouvelle. Cette nuit, j’ai mis le mot fin. » Il a ajouté, toujours avec son sourire et cette lumière dans son regard : »Maintenant, je peux mourir. »

En septembre, la santé de Proust se détériore : étourdissements, chutes. Ses dernières notes sont portées sur le Cahier 59, et sur la dactylographie de La prisonnière. Swann’s Way est publié en Angleterre à la fin du mois, traduit par Charles Scott Moncrieff; le titre général, Remembrance Of Things Past, emprunté à Shakespeare, ne rend pas compte, comme Proust le remarquera, de l’ambiguïté du titre français. – L’ancien valet et secrétaire Forssgren cherche à revoir Proust, qui l’attend en vain à son hôtel, et lui laisse un billet signé « Marcel ».

Au début d’octobre, à une soirée chez les Beaumont, Proust attrape une bronchite 7. Il refuse d’écouter les conseils de son médecin, de s’alimenter, de cesser de travailler. Le 24 octobre, il a achevé La prisonnière, et travaille à La fugitive. Sa dernière lettre à Gallimard, du début de novembre indique : « Je crois en ce moment que le plus urgent serait de vous livrer tous mes livres », et, en post-scriptum : « Lettre suivra quand pourrai. »

La bronchite est suivie d’une pneumonie. Proust refuse à son frère d’être transporté en clinique. La suite est celle-ci : le 17, il se sent mieux, et annonce à son frère que le lendemain sera décisif. Le 18, il va plus mal, et commence à délirer, à voir « une grosse femme noire ». A trois heures, il parle encore à son frère : « Je te fais mal – Oh ! oui, mon cher Robert. » Il meurt à quatre heures et demie. Céleste Albaret dément Painter sur un point : « Il n’a jamais dit « Maman! » (Monsieur Proust, p.430). L’abbé Mugnier, malade, ne peut venir dire les prières que Proust avait demandées que l’on dise après sa mort. L’enterrement eut lieu le 22 novembre.

 

 

 

¹Sur les rapports de Proust avec les écrivains de son temps, lire L. Lesage, Marcel Proust and His Literary Friends-

²Propos rapportés par M. Le Goff, Anatole France à la Béchellerie, Albin Michel, 1947, p. 331 332

? Œuvre en prose, Bibl. de la Pléiade, p. 562, 624
??Isale
??? œuvre en prose, p. 66
???? Ibid p. 650, 960 (1932)

³ Alain, Propos, Bibl de la Pléiade, 1959, p. 339-340

**** Dans Saint-Genet (Gallimard, 1952, p. 432-433) Sartre fait, à propos du décor de Rivebelle, un commentaire plus littéraire de l’humour proustien _ qualifié, de manière curieusement déterministe, de « pédérastique », ce qui ne veut ou ne peut, en l’occurrence, rien dire.

***** Lettrines, p. 39, 44, 47, 93, 95; sur Proust et Breton p. 102.

******Lettrines 2, p. 129-130; une belle remarque sur les « jeunes filles », p.89.

******* Il avait dit à Céleste : « Je vous l’ai dit, je ne sais combien de fois : mes bronches nen sont plus que du caoutchouc cuit, mon cœur lui-même ne respire plus usé qu’il est par l’effort de tant d’années pour chercher l’air qui me manque. Je suis un homme très vieux, Céleste… »

Sources : Selon Jean-Yves Tadié, Proust, Pierre Belfond, 75007 Paris

 

 

 

Le phare de Cordouan

RENCONTRE

avec Jean-Paul Eymond, ancien Gardien de Phare de Cordouan

 

Photo DR journal Sud-Ouest

 

Le phare de Cordouan,

la sentinelle menacée par mikaelroparz

 

RENCONTRE AVEC JEAN-PAUL EYMOND

Qui est Jean-Paul Eymond ? couronné par les Académiciens, rencontré au magasin Cultura de Bègles lors d’une séance de dédicace, auteur d’un livre parlant de sa connaissance du métier de gardien de phare ?

Jean-Paul Eymond est Conseillé Municipal de Vensac. Le 30 octobre dernier, son ouvrage « Les 301 marches de Cordouan, Ma vie de gardien de phare », a été couronné par le prix André Vovard de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux.

C’est en présence de Christian Jean dit Cazaux, le président de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, de Séverine Pacteau de Luze, secrétaire perpétuelle, d’une trentaine de membres de l’académie et d’une centaine d’invités que lui a été remise sa récompense.
Lors de la séance de dédicace du mercredi 12 juin 2013, Monsieur Jean-Paul Eymond a exprimé une nouvelle fois son souhait de voir le phare de Cordouan être classé au patrimoine mondial de l’Unesco malgré deux vaines tentatives. Il a aussi évoqué la solitude de ce métier.

LIVRE A LIRE

 

LES 301 MARCHES DE CORDOUAN

Sa vie de gardien de phare

Cordouan est le « roi des phares et phares des rois », si vous partez du rez-de-chaussée pour aboutir à la lanterne, il compte 301 marches. Pas une de plus, pas de une de moins.

Jean-Paul Eymond les a montées durant 35 ans. Il était gardien de ce phare. En 2012, il a pris sa retraite. Durant toutes ces années, il a côtoyé ses visiteurs, échangeant des idées et partageant les leurs, comme si chacune des marches du phare était à elle seule une histoire appelant des paroles.

Comme toute chose, un privilège ne va pas sans entraîner avec lui mainte abnégation, en évoquant cette « drôle de vie » particulièrement sa solitude, et grâce à ce récit autobiographique, Jean-Paul Eymond livre deux très grands témoignages. Celui de la connaissance de la profession de gardien de phare, mais aussi de l’intimité qu’il s’est attaché à nous faire partager de la vie de ce monument exceptionnel.

Ce métier mythique a désormais disparu avec l’automatisation des feux, son livre décrit le plus beau bâtiment jamais construit en mer, à eux seuls, ces éléments le rendent doublement passionnant.

 

 

Un livre à lire sans modération. Édité à compte d’éditeur

L’Homme, cet inconnu

BIOGRAPHIE du Docteur Alexis Carrel

Drôles d’idées mais un grand Homme…

 

Fils d’un homme d’affaires français, Alexis Carrel est élevé par sa mère Anne Ricard à la mort de son père. En 1889, il obtient sa licence de lettres à l’université de Lyon, et sa licence de sciences un an plus tard. En 1900, il est docteur, et poursuit ses recherches médicales à l’hôpital de Lyon.

Bibliothèque Erhabenmaya

 

 

 

Il enseigne l’anatomie et la chirurgie, discipline dans laquelle il se spécialise très rapidement. Les expériences qu’il réalise dans la première décennie du vingtième siècle – en France Etats-Unis – lui valent d’être lauréat du prix Nobel de médecine en 1912. Il sert en tant que major dans l’armée française entre 1914 et 1918, et élabore une méthode efficace contre les blessures de guerre, abondamment utilisée. Ses recherches concernent surtout la transplantation de tissus et d’organes, ainsi que la conservation des vaisseaux sanguins. En 1935, en collaboration avec Charles Lindbergh, il invente une machine respiratoire pour les organes détachés du corps. Il publie le célèbre ‘L’ Homme, cet inconnu’ avec l’aide de Georges Debelly, au sujet des traitement de plaies infectées. Il pratique également plusieurs valvotomies, de manière novatrice. Les travaux d’Alexis Carrel ont été salués par de nombreuses universités dans plusieurs pays, tandis que le personnage, dont les convictions sont clairement  controversées.


L’affaire Alexis Carrel, un Prix Nobel précurseur des chambres à gaz

En 1969, l’Association des Amis du docteur Carrel, dont le siège se trouve à Sainte-Foy-lès-Lyon, peut pavoiser. Elle vient d’obtenir en octobre 1995, l’appartenance d’Alexis Carrel au Parti Populaire Français de Jacques Doriot et que le nom du Prix Nobel de 1912 soit enfin gravé au fronton de la Faculté de Médecine de la capitale des Gaules. Après une période d’oubli, les plaques Alexis Carrel se multiplient et plusieurs dizaines de rues, d’avenues françaises, rendent alors hommage au savant. Quelques esprits s’insurgent, mais il faudra attendre les fréquentes références des ténors du Front National à Carrel, précurseur de la préférence nationale, pour que la protestation s’amplifie. Des militants anti-fascistes se plongent dans la lecture de « L’Homme, cet inconnu », le best-seller mondial de Carrel réédité sans cesse par Plon puis Le Livre de Poche depuis 1935; Ce qu’ils y trouvent explique grandement la fascination que la pensée de Carrel exerce sur les bas du Front.

 

« César, Napoléon, Mussolini, tous les grands conducteurs de peuples, grandissent au-delà de la stature humaine, et enveloppent de leur volonté et de leurs idées des foules innombrables », »Il est nécessaire de faire un choix parmi la foule des hommes civilisés. Nous savons que la sélection naturelle n’a pas joué son rôle depuis longtemps. Que beaucoup d’individus ont été conservés grâce aux efforts de l’hygiène et de la médecine. Que leur multiplication a été nuisible à la race ».Le pire était à venir. L’avant dernier chapitre, écrit en 1935, prône la révolution par la suppression du prolétariat.

Intitulé « Le développement de la personnalité »: 

« Le conditionnement des criminels les moins dangereux par le fouet, ou par quelque autre moyen plus scientifique, suivi d’un court séjour à l’hôpital suffirait probablement à assurer l’ordre. Quant aux autres, ceux qui ont tué, qui ont volé à main armée, qui ont enlevé des enfants, qui ont dépouillé les pauvres, qui ont gravement trompé la confiance du public, une établissement euthanasique, pourvu de gaz appropriés, permettrait d’en disposer de façon humaine et économique. Le même traitement ne serait-il pas applicable aux fous qui ont commis des actes criminels? Il ne faut pas hésiter à ordonner la société moderne par rapport à l’individu sain ».

Réponse d’Alexis Carrel.

A ceux qui, aujourd’hui, ne voudraient voir là qu’un hasard malencontreux, Alexis Carrel répond par avance dans la préface à l’édition allemande de son livre, en 1936, trois ans après l’installation d’Adolf Hitler au pouvoir: « En Allemagne, le gouvernement a pris des mesures énergiques contre l’augmentation des minorités, des aliénés, des criminels. La situation idéale serait que chaque individu de cette sorte soit éliminé quand il s’est montré dangereux ».

 

AK choquait

La révélation de cette pensée typiquement nazie conduit le Conseil d’Administration de l’université Lyon I à organiser un vote, en 1992. Si 32 personnes se prononcent pour l’abandon du nom d’Alexis Carrel, (16 contre, un vote nul, six absents), la majorité requise des deux tiers n’est pas atteinte, et la diffusion d’un rapport de spécialistes qui propose le statu-quo est déterminante. L’un de ces spécialistes était Bernard Comte, professeur d’Histoire à Lyon, qui s’illustrera, en 1999, par un nouveau rapport tout aussi respectueux de la hiérarchie.

 

Une appartenance au Parti Populaire Français lourde de conséquences

Hélas pour lui, en octobre 1995, l’appartenance d’Alexis Carrel au Parti Populaire Français de Jacques Doriot, une formation nationale-socialiste, est rendue publique par les associations revendiquant le débaptème. Le mois suivant, la principale revue scientifique mondiale, Nature, s’empare de l’information. La Faculté lyonnaise est alors obligé de procéder à des travaux de réfection sur son fronton. Les associations antifascistes proposent d’y graver le nom de Gabriel Florence, un professeur résistant arrêté par les nazis, dans ces lieux, et devant ses étudiants.René Laennec lui sera préféré. On sait qu’il étudia la cirrhose atrophique du foie d’origine alcoolique dite « cirrhose de Laennec », puis il inventa le stéthoscope.A Saint-Brieuc, pour effacer le nom du prophète de l’élimination des faibles, on a choisi d’honorer Anne Frank.

Mais un hommage

En janvier 2000, le responsable de l’équipe lyonnaise qui a effectué une double greffe de la main, le professeur Dubernard a rendu un vibrant hommage à Alexis Carrel. Le professeur Dubernard, député RPR, occupa d’éminentes fonctions à la tête de l’université lyonnaise.