Un ancien débat

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La peine de mort en littérature

Celui qui est contre

Albert Camus et le risque d’erreur

Albert Camus (1913-1960) dit entre autres « qu’il n’est pas prouvé que la peine de mort ait fait reculer un seul meurtrier, décidé à l’être, alors qu’il est évident qu’elle n’a eu aucun effet, sinon de fascination, sur des milliers de criminels. » L’effet dissuasif est nul. « La société ne croit pas elle-même à l’exemplarité dont elle parle » – elle exécute de fait désormais à l’abri des regards.

Camus critique aussi ce qu’il considère comme une « arithmétique grossière » qui nivèle des actes incommensurables : « L’exécution capitale n’est pas simplement la mort […] Elle ajoute à la mort un règlement, une préméditation publique et connue de la future victime, une organisation, enfin, qui est par elle-même une source de souffrances morales plus terribles que la mort. Il n’y a donc pas équivalence. » Le philosophe critique très haut le risque d’erreur judiciaire, dans le cas terrible d’une sentence irrévocable : « Il y a une solidarité de tous les hommes dans l’erreur et dans l’égarement. » Une vraie justice ne peut être qu’une justice de compassion qui « répugne à la mesure définitive, irréparable, qui fait injustice à l’homme tout entier puisqu’elle ne fait pas sa part à la misère de la condition commune ».

 

Celui qui est pour

Le philosophe Emmanuël Kant (1724-1804) parle de traiter le criminel comme une fin

L’homme de Koenigsberg dans ses Éléments métaphysiques de la doctrine du droit reconnaît volontiers que la peine capitale n’est pas toujours utile, en particulier en matière de dissuasion. Le droit, comme la morale, est à ses yeux bien plutôt une affaire de morale : de devoirs et d’interdits, par voie d’effets et de conséquence (« La peine judiciaire […] doit toujours être prononcée contre [le criminel] pour la seule raison qu’il a commis un crime »). Il est, par conséquent, une affaire de raison.

Or, du point de vue de la raison, la seule punition qui peut correspondre au meurtre, c’est la mort. « Si le criminel a commis un meurtre, il faut qu’il meure. Il n’y a pas ici de commutation de peine qui puisse satisfaire la justice ; il n’y a rien de comparable entre une vie, si pénible qu’elle soit, et la mort, et par conséquent, il n’y a d’autre moyen d’appliquer au crime la loi du talion que d’infliger juridiquement la mort au criminel. » Considérer la peine du criminel en fonction de son utilité, c’est réduire ce criminel au rang de « moyen utilisable en vue des buts d’autrui », donc de ne pas le considérer comme une « fin en soi », comme un être raisonnable capable de reconnaître la justice de son châtiment. La peine de mort n’est pas le meurtre, parce qu’elle reconnaît l’individu comme une personne, un sujet de droit.

 

 

L’affaire Ted Bundy

Le faux Ted Bundy de la série Netflix est beau, charismatique à tel point de s’interroger sur la raison de telles atrocités. Le vrai Ted Bundy, tueur en série américain (1946-1989) l’est nettement moins quand on sait que c’est un tueur en série redoutable. 

Ted Bundy a été reconnu coupable des meurtres de 30 femmes, commis dans sept états différents entre 1974 et 1978. Il opérait principalement sur de jeunes étudiantes, pour les agresser, à la fois physiquement et sexuellement. Après les avoir tuées, il continuait d’avoir des rapports sexuels avec le corps, jusqu’à la totale décomposition. A l’image de nombreux serial killer, il aimait garder un trophée de ses crimes. Il a décapité une douzaine de ses victimes, et collectionnait les têtes dans son appartement.

Emprisonné dans le Colorado, il s’est évadé deux fois, avant d’être définitivement mis hors d’état de nuire. Jugé, il sera condamné à la peine capitale trois fois, puis exécuté au début de l’année 1989. Dans le couloir de la mort, il continuait les interviews avant de passer sur la chaise électrique. Des dialogues, des images d’archives et des enregistrements audio dans le couloir de la mort, dressent un portrait saisissant du célèbre tueur en série Ted Bundy, à la portée du public.

DEUX AFFAIRES PLUS ANCIENNES

L’histoire de Ruth Snyder

Accusée, avec son amant, de l’assassinat de son mari, Ruth Snyder, 33 ans, est exécutée dans la prison new-yorkaise de Sing Sing.
Pour sa défense, elle avait invoqué la vie insupportable que lui faisait subir son mari, âgé de 46 ans.
L’affaire provoque un débat passionné sur la peine de mort, dont s’emparent les abolitionnistes et les féministes.
Du fond de sa cellule, Ruth Snyder avait reçu quelque 2500 lettres de femmes la félicitant de s’être soulevée contre la soumission de son mari, ainsi que 164 demandes en mariage…

La photo ci-dessous est la première photo volée du siècle. La plus célèbre aussi car c’est la seule photo jamais prise d’une exécution capitale.
Son auteur est Thomas Howard, recruté par le New York Daily News,, un tabloïd américain.

 
 
 

La fille du journaliste qui a pris la célèbre photographie raconte…

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« L’exécution étant interdite aux photographes, le journal a fait venir mon père de Washington parce qu’il était inconnu des matons et des journalistes de New York » raconte sa fille Lorette Wendt. Le plan : faire entrer Tom Howard comme rédacteur, avec un appareil miniature fixé à sa cheville gauche. Muni d’une seule plaque, l’appareil est relié par un câble au déclencheur, caché dans la poche de son manteau. Pour éviter le bruit du déclic, on fabrique un déclencheur qui ouvre l’obturateur par paliers. Pour régler la mise au point, on a recours à un informateur qui fournit la distance entre la chaise électrique et les sièges de la presse ».

L’idée du siècle. Pendant un mois, Tom Howard s’entraîne dans une chambre d’hôtel. Le jour J, il parvient à entrer le premier dans la salle d’exécution où il repère un siège bien placé. Dès que la première décharge électrique secoue le corps de la suppliciée, il appuie sur son déclencheur : c’est la première exposition de la plaque. Après la deuxième décharge, il réitère l’opération,  d’où l’impression de mouvement sur le cliché final. Au journal, la « une » est déjà bouclée qui s’ouvre sur un énorme gros titre « DEAD » ! « reste à y insérer la photo : « formidable : tu l’as eue! », s’écrie le rédacteur en chef dès qu’elle sort du laboratoire…

« Après cet exploit, raconte Loretta Wendt, mon père est devenu le photographe le plus renommé de son temps, et aujourd’hui encore sa photo est une référence dans les annales du journalisme américain ». Un emblème aussi dans l’histoire de la peine de mort aux États-Unis.

Pour le New York Daily News, le coup dépasse toutes les espérances : avec un tirage de 1 556 000 exemplaires, il réalise un record mondial. « La photo a provoqué un énorme choc dans l’opinion car jamais la peine de mort n’avait été présentée de façon aussi crue », commente William Styron, l’auteur du Choix de Sophie,, qui a écrit une pièce de théâtre sur ‘affaire Snyder. Le mouvement abolitionniste a eu le vent en poupe puis le soufflet est retombé jusqu’à l’affaire des époux Rosenberg. « Depuis, la photo ressort régulièrement, dès que le sujet de la peine de mort redevient d’actualité, mais malheureusement, sur le fond elle n’a rien changé ». Dira William Styron.

Quant à Thomas Howard, il est propulsé dans la cour des grands : après avoir touche une prime, il devient président des photographes de la Maison Blanche :

« Notre vie a changé du tout au tout, se souvient Loretta Wendt, qui avait alors 5 ans. C’est pour cela que pour moi, ce n’est pas une photo triste… » (1)

L’histoire de Troy Davis

 
Troy Davis
 

(1) Extrait du Livre Les cent photos du siècle – agence Capa


2 réponses à « Un ancien débat »

  1. Avatar de xray
    xray

    Le 23 septembre 2011 à 10:03 – xrayIncroyable!

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  2. Avatar de Izoenn
    Izoenn

    L’article est très complet et reprend de nombreux cas de peines de mort . Les avis entraînent une réflexion personnelle.

    bravo pour ce sujet !

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