Réalité sans fiction

BRINDILLE

Alors, le Président s’adressa à elle, face au parterre de Jurés :
« Ôtez donc ces cheveux de devant votre visage, afin que l’on vous voit !  »

Des draps de soie dans sa forêt

 

Il était une fois un arbre vert qui aimait mourir dans la nuit.

 

La porte  grinça, un courant d’air s’engouffra, le bois craquait. L’arbre vert avait osé pousser la porte, voilà son grand corps courbé qui repassait pour faire une danse, comme ils le feront tous durant les siècles à venir, l’histoire existe pour se reproduire à jamais.

         Ô Génie aide moi ! Un arbre vert glisse, l’épouse dort à côté, il colle lentement ses pantoufles grises sur le sol de ma chambre, dans le silence de la nuit.

Prenait-il un risque ?

         Ô Lutin oui ! Ses racines qui s’entrelaçaient sur la descente de lit, approchaient, touchant presque le tronc couvert des mousses de sa dignité, celui de recueillir un Non !

« La foule va se jeter sur moi quand je sortirai de la maison ! Et pour cause : j’oublie de le dire.

Les aiguilles

Une pendule fluorescente brillait d’un cinq heures du matin sur la petite table de chevet quand l’obscurité se faisait plus sombre ; L’arbre attendait de la flairer après la baisse des ténèbres pour cacher ses tentacules dénudés par le souffle d’un vent déchaîné sans réveiller celle qui dormait à côté.

Le pâle arbrisseau s’était couché au fond du lit du torrent, il y avait longtemps, chaud, pour qu’on ne le voit plus ni ne l’embrasse d’un œil enflammé. Son esprit était absent de ce corps qu’on allait briser avec le tabou légendaire qu’on ne s’était jamais posé.

Elle s’immobilisa. L’idée du festin de tous les criminels si prégnants dans leurs têtes prêts à passer à l’acte barbare la traversait, elle la comparait à des mécanismes de précision qui se répètent depuis qu’elle a dix ans.

C’est ainsi que l’arbre aux longues tiges, la débusqua ardemment dans son bosquet quand il souleva le drap, pour déranger ses songes et faire qu’elle se réveille pour mieux permettre à ses lèvres de l’embrasser. L’arbre vert rêvait, sur cette couche quand il soufflait son filtre coupable pour lui donner douleurs et bourrasques, aidé de Sirocco au travers de ses lèvres trop rouges.

Il clamait qu’elle était sa promise et devait déverser l’interdise.

Elle passa ses brindilles de l’autre côté, immédiatement ; têtue, s’enracina au mur de pierre cachant à ses yeux de lutin de chien baveux la douceur de son cou et la profondeur de ses yeux.

Les branches de l’arbre faisaient fi des humeurs de la fille autour de lui, elles étaient ailleurs qui se tendaient, s’invitaient, s’enroulaient pour mieux la saisir, la happer. Les bois de l’humanoïde du foyer n’avaient cure de respect dans ce lit, ils s’agitaient ; elle était au petit Dieu païen le fruit succulent de l’arbre qu’il allait déguster comme des bonbons de guimauve exquis et colorés de pastels.

L’arbre noir contournait toujours les rafales, sur sa brindille, même quand elle appelait à l’aide les rapaces du ciel et le sirocco pour qu’ils s’abattent avec précision sur l’intrusif. Ne me voudrait-elle plus se déchainait-il ?

Il la tournait, la retournait comme un poids de branche sur une charrette, une aliénation pesante des forces de l’hiver qu’elle supportait. Il appuyait sur l’épaule, dans ce lit, comme les racines d’un chêne s’enfonçant dans une Terre entière d’ombre et de lumière.

« N’en déplaise à ses drôles d’airs, c’est une brindille simplement attentive aux murmures des feuilles de ma majesté, dans le silence de la forêt qui ne peut deviner l’oraison » :

– N’aies pas peur, il est là, il te voit, il te fera pas de mal, ne peut pas s’en s’empêcher, impossible pour moi d’aller les voir, tu sais. Il parle des autres grandes fleurs bien sûr.

Il n’empêche que le houppier ignorait le chronomètre mécanique intérieur du cerveau de la belle, il la traitait en Brindille innocente, douée d’humour, générosité de la Nature ! Était-elle encore bonne élève qui écoutait le professeur qui l’instruisait et maintenant son bourreau. Sous lui, devinait-elle même l’orage qui grondait et sa fin ?

Il respirait en-dessous ce soir, d’échanges et d’ouragans, contrôlait un corps dénudé de pleurs par l’océan qui l’animait parce qu’il l’aimait et la voulait.


Brindille pleurait de rire avec l’horloge qui avançait : Que de tonalités suaves au concert dans la futaie ! Baryton pour l’aube, grave au Midi, délivrance basse au couchant ; pour l’heure, on suintait   de résine âcre comme un serpent visqueux autour de son corps on lui donnait des ondées puissantes et rapprochées. Ses yeux d’immature Brindille qui flamboyaient de l’intérieur, chronométraient en même temps qu’ils inondaient l’oreiller d’un nuage de pluie, qu’il repoussait tant ça le contrariait.


Pourtant, le jour allait se lever et la nubile savait ;  bientôt, fi de ce tronc incomplet qui allait retrouver sa mère, il rentrerait au bois après.

L’enfer de Dante

Quand deux bourgeons marrons s’ouvrirent, à l’éclat diabolique, paraissant éclore en même temps à la vie, elle poussa un soupir de soulagement

Les feuilles s’écrasaient sur la descente de lit sous ses pas quand il partit, ses chaussons de feutre gris foulant le tapis de mousse de sa descente de lit.

Quel bonheur enfin de le voir s’éloigner.

Appeler le 119
Enfance en danger

 


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