Vision d’une enfant

écrite par elle-même

LES IDÉES SONT COMME ELLES SONT

POUR LES NATUROPATHES LE SUCRE EST UN POISON

Parmi les poisons qui président aux pensées des naturopathes végétariens, le sucre tient un des premiers rangs et il a le courroux des mères qui élèvent leurs enfants. Elle descendit un soir chez elle et dit à sa fille : Violette, tes folies ont attisé ma colère : avec mes amis les végétariens, nous avons décidé de te châtier. Viens me donner des explications sur les friandises que j’ai retrouvé dans tes poches. – Mais, maman, dit humblement Violette, j’ai trouvé les bonbons. – Tant mieux, dit la mère, tu ne seras pas corrigée pour rien car tu n’aurais pas dû les prendre.

Un jour, Violette revient de l’école vers seize heures. Elle a le temps de déposer cartable et manteau devant la console de l’entrée et voit le chat qui la guette comme d’habitude à ses retours d’école. Un silence inhabituel régne dans cette maison bien différent du brouhaha qu’elle vient de quitter.  Une pendule marque un 16H30 précis. Alors, dans les nimbes de son cerveau d’écolière, une jeune paranoïa voit le jour, elle se met à regarder partout avec une méfiance grandissante de gamine prise au piège, en direction de toutes les portes qui donnent sur ce couloir.

L’histoire

La descente

En haut du grand escalier en pierre, une porte s’ouvrit brutalement. Puis ce fût les talons de sa mère qu’elle entendit frotter sur les marches.

Elle referma son cartable et la regarda encore descendre. Sans doute à l’époque, avait-elle bien des choses à se reprocher, aussi elle tremblait de plus en plus au fur à mesure où le nombre de marches se réduisait.  Elle se mit à reculer  contre cette glace du couloir. Yvonne C. continuait de descendre. Quelle douce musique allait s’ensuivre, pensait-elle à cet instant précis ! Et pour cause ! Sa mère venait de franchir la dernière marche et de planter sa physionomie courroucée devant elle. Trop occupée à décrypter ses sentiments, elle remarquait même plus les odeurs de fleurs qui s’évaporaient d’un vase précieux sensé diffuser des Huiles essentielles. Elle voyait encore ces marches et sa peur grandissait au diapason de la colère  de sa mère.

Ce courroux

Elle venait d’éprouver la  plus grande honte de sa vie. Tout était venu du fait que la maîtresse venait de traiter son enfant de voleuse, au moyen d’un mot écrit sur le carnet de scolarité. Celui-ci avait été glissé à l’intérieur du petit manteau pendu dans l’entrée au fer forgé. L’humiliation de lire que sa fille avait fauté dans la classe avait  entaché la haute estime qu’elle portait aux conventions familiales. Elle avait toujours dit qu’en aucun cas celles-ci ne devaient être transgressées. Et puis aussi l’affront d’avoir trouvé dans les poches du tablier de Violette … des bonbons. Décidément, c’en était trop de la part de cet enfant, il était temps de sévir !

Goûters poisons

Yvonne :

– Il faudra bien que tu te fasses à mes idées.

Effectivement, ses idées, Violette ne les avait jamais comprises. Et,  à force de vexations, son cœur d’enfant n’avait pu concevoir que colère, frustration, mais aussi envies. Elle n’avait pas le droit de manger de bonbons ! C’était forcer l’espace de son sale caractère que de lui demander d’acheter ces ours en guimauve au chocolat qu’elle adorait ! Dans mille ans encore, Violette s’arrêterait devant l’étal d’une boulangerie, recherchant le principe moral qui lui interdisait d’avoir accès à ces plaisirs. A l’époque, il lui était impossible d’aimer cette mère si différente des autres et en plus de lui parler, comme elle disait, naturopathie.

Colette

Mais dans l’affaire de la console, la coupable n’était pourtant pas celle que l’on croit. Comme à chaque esclandre dans la maison, la bonne avait été appelée pour la circonstance et son rapport était tombé sous le feu des questions. La brave fille s’était mise à raconter les propos entendus à l’école. A savoir que les goûters étaient obligatoires.   Yvonne lui avait rétorqué courroucée, que d’avoir à beurrer des tartines à la confiture pour sa fille, n’avait jamais traversé son esprit. En effet, son opinion était faite au sujet de ces quatre heures trop sucrées qui engendraient obésité et carences nutritionnelles. Il s’agissait ni plus ni moins de désobéissance de leur part, surtout chez Violette, et les conséquences de leurs actes répréhensibles allaient être sans limite, elle allait le dire à cette Colette. C’est à partir de là que Colette s’était enfuie.

Les prémices

Avant de passer à l’action, Yvonne avait rectifié dans la glace, une mèche de ses cheveux et quand il lui avait semblé que la provocation de Violette était à son comble avec des yeux fixés dans les siens, elle avait commencé à l’empoigner.

Mais avant, Violette l’avait regardée tendre les bras, agiter les mains, frissonner des épaules et quand ses manches s’étaient agitées, elle s’était méfiée.

Elle ne voulait pas qu’on l’attrape. Sa mère la retenait, l’écartait, la secouait et l’adolescente avait immédiatement pensé que c’était une colère imbécile qui l’animait mais qui ne manquerait pas de se calmer.

Elle :

– Pourquoi voles-tu ?

Violette sans lui répondre :

– Comme nous nous mélangeons, chère Mère, que dites-vous ? Laissez-moi rester à vos pieds, sous votre regard qui me fréquente. Veuillez reculer Madame, fille d’Esculape, honorée dans votre foyer, vous me chavirez, divinité…

La haine avait une force incommensurable, et face à la grande glace de style Rococo de l’entrée, endroit vaste tout en longueur propice à une grande liberté d’action, sa mère avait poursuivi :

– Tu vas recevoir une raclée, au moins, te souviendras-tu, une fois dans ta vie, qu’il t’est interdit de manger des bonbons. C’est du poison ! comment faut-il te le dire ? De quelle espèce es-tu pour me désobéir ainsi ?

Brusquement la joue de Violette s’était laissée prendre, une gifle avait claqué, tandis qu’Yvonne de C. répétait inlassablement :

– Une dernière fois, tu ne fauteras plus dans ta vie !

– Si ! Si ! …chère mère.

La raclée

Violette qui n’avait opposé qu’une résistance assez faible car l’ennemi était de taille se tenait immobile espérant la fin du courroux. Mais la correction ne faisait que commencer. Une correction qui allait se terminer en magistrale et absolue.

– Quand ? se demandait-elle inlassablement ? Comble de tout, devant son silence, sa mère, arrivait au bord de l’hystérie, l’arme fatale n’était pas loin. Après l’avoir vue descendre, la haranguer,  sentir sa main la frapper, et maintenant voyant le courroux augmenter,  tomber sous le sabre de cette Folcoche ennemie jurée numéro un, était pour elle le déclencheur d’une émotion paroxystique.  Tournant le dos au mur où il y avait la glace, sa silhouette se redressait encore devant elle. On lui demanda une excuse mais elle ne vint jamais.

Violette préférait encore les coups. Toutefois,  avant de recommencer à les donner, elle s’était penchée au-devant de sa fille, le nez dans son nez, la bouche contre sa bouche, tel un serpent qui aurait voulu l’encercler, tandis que Violette la couvrait de regards d’épouvante et d’yeux noyés au lieu de baisers. Violette regardait ses mains qui allaient se relever pour décrocher de l’autel éclairé les pierres qui s’y trouvaient ornant les bagues à ses doigts et les bracelets à ses poignets…. et frapper.  Mais sans doute de guerre lasse, elle les vit retomber !

La fin

Enfin, le soleil avait décliné à l’aube, comme un traître derrière les rideaux en contre-jour tandis que ses rayons et leurs prétendues douceurs n’atteignant plus les nues dans un rôle réparateur, s’étaient abîmés dans le couloir. Avec la lourde cloison d’entrée achevant de donner de l’ombre, d’infimes traces chaudes devenues inutiles avaient subsisté sur les tommettes avec des rubans jaune pâle et mourants. C’est dire si l’insolence de l’astre voulait encore laisser ses traces, en même temps qu’il abandonnait Violette à son sort.

Encore

Tout ceci semblait l’avoir épuisée car les coups avaient précédé les mots ; pourtant, sa mère se redressa très vite comme mue par une idée charitable. Elle déplia, sans tendresse, de son corsage en soie, un de ses délicats mouchoirs brodés aux tons mordorés dans la couleur de ses yeux pour lui tendre et Violette à ce moment précis avait cru découvrir  une dentelle sacrée dans ses mains tremblantes. Elle avait fixé le tissu par convenance mais sa mère s’était emportée et avait aboyé :

– Écoute fille indigne, je ne veux plus jamais retrouver des sucreries collantes au fond de tes poches ! Alors que tu n’ignores pas depuis longtemps mes interdictions à ce sujet. Les enfants alimentés de bonbons et abreuvés de gâteaux sont tous en mauvaise santé et bêtes de mille manières possibles.

Puis :

– J’ai froid, avait dit soudain Salus, s’enveloppant dans sa veste de laine trop sombre, car Violette avait approché la main de son bras. Souviens-toi des versets de l’Écriture : Qui vole un œuf, vole un bœuf. Pars dans ta chambre !

Ses yeux tournés vers l’étage, lui avaient montré le chemin. Une pièce tapissée du bleu de ses yeux, située à côté de la suite nuptiale de leur couple. Le grand palier en bois présentait les chambres, et les lattes étaient du même ton que les placards des pièces. Certains diraient : « Mais à quoi bon ouvrir un empire sur un temple de la communauté ? »

Cette entrée, aux yeux de Violette redevint très douce puisque sa mère la quittait. Violette ramassa son cartable, monta les marches pour rejoindre le carré du palier, et retrouver son oiseau dans sa chambre, prisonnier de sa cage ; personne n’y avait pénétré jusqu’au lendemain, compensation inespérée.

Le jour qui suivit, à dix heures précises, couronnée d’herbes médicinales, Violette avait vu Folcoche, une poche de tisane à la main quitter son trône et descendre les marches pour aller ramasser, en un geste sacré,  la patère laissée à l’abandon sous la console baroque. En bas, le chat avait miaulé. Violette eut le temps de chronométrer son temps de descente toujours fonction de ses humeurs, il était normal. Folcoche, l’apercevant avait haussé les épaules, et baissé les yeux en direction des herbes médicinales tenues dans sa main et de la bonne qui l’attendait dans couloir.

– C’est l’heure du thé pour Paul et c’est moi que le prépare.

Un ange passa…

 

***

La santé en mythologie

La mythologie est une série de mensonges mais si magnifiques et si magiques que l’on serait presque tenté de les croire. Car, ils ont représenté, durant des siècles, chez les Grecs et les latins, dogmes et croyances. Mais aussi, à d’autres titres, ils peuvent inspirer quelques modestes blogueurs dans la rédaction de leurs écrits…

La Santé

La santé ou Hygiée, fille d’Esculape et de Lampétie, était honorée chez les Grecs comme une des plus puissantes divinités. Les Romains avaient adopté le culte de cette déesse qu’ils honoraient sous le nom de Salus. Ils lui consacrèrent plusieurs temples dans Rome et instituèrent un collège de prêtres chargés de les desservir. Ces prêtres seuls avaient le droit de voir la statue de la déesse ; ils prétendaient aussi être seuls en droit de demander aux dieux la santé des particuliers et le salut de L’État, car l’empire romain, considéré comme un grand corps, était mis sous la protection de cette divinité.

On la représentait sous la figure d’une jeune personne assise sur un trône, couronnée d’herbes médicinales tenant une patère de la main droite et un serpent de la gauche. Près d’elle était un autel autour duquel un serpent faisait un cercle de sorte que sa tête se relevait au-dessus de l’autel.

Catégories : GentMon histoire

1 commentaire

Paul Delaroche · 12/11/2021 à 18:59

Très belle introduction pour un texte qui s’avère terrible de maltraitances. Le style est flamboyant, le texte est d’une précision implacable. Violette a du beaucoup souffrir. Je vais acheter le Kindle.
Félicitations

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