En passant

Peau d’âme

Subirada

    L’ORGUE DE BARBARIE
….Mais dans un coin un homme se taisait :
« Et de quel instrument jouez-vous Monsieur
qui vous taisez et qui ne dites rien ? »
lui demandèrent les musiciens.
« Moi je joue de l’orgue de Barbarie
et je joue du couteau aussi ».
  PEAU D’ÂME

L’histoire misérable de Subirada

La misère et le luxe avaient donné à Subirada une âme de créancier.

Subirada était un employé, fort affable dans son service à la clientèle, obséquieux même mais, qui souhaitait faire fortune dans un hôtel de luxe. Il venait de Catalogne.  Enfant martyr d’exilés au chômage de la péninsule ibérique,  ses parents avaient vécu dans des camps de réfugiés. Et,  il taisait ses origines, mais on finit par les apprendre car il eut de nombreuses altercations avec ceux qui le forcèrent à quitter ce  pays où tout son argent passait pour un logement insalubre. Et à la suite d’une ultime dispute, il décida de poser ses bagages dans un grand hôtel de la Riviera sur les bords de la Méditerranée, sans doute pour assurer les moyens de subsistance dont il avait besoin. Il travailla dans ce complexe hôtelier plusieurs mois où il acquit la réputation d’un être instable et sans le sou. Parfois, on le croyait parti pour toujours puis les clients le voyaient réapparaître avec plaisir avant de l’interpeller enfin.

Alors, on suppose que cette transition d’homme à tout faire avec son monde d’origine était par trop brutale. Car, à l’hôtel,  il se mit à parler de ses problèmes majeurs, de mort et d’argent. Il disait à ses collègues n’avoir pas encore trouvé les remèdes inhérents. D’ailleurs, c’est à compter de cette période que Subirada, dans l’esprit de tous, sembla s’amuser à devenir intelligent…

Un employé modèle

Il faut dire que l’employé se transforma en employé d’étage. Il était toujours le premier à pousser une table roulante dorée dans les couloirs du dernier étage réservé à l’élite, mais toujours le premier aussi, quand les chambres étaient restées entr’ouvertes, à tirer profit de son goût du luxe qui n’avait de pareil que la perspicacité de son œil de rôdeur.

Les paupières rétrécies, il cherchait le détail qui provoquerait la rencontre avec un fait unique. Ah ! ses mains trop grandes s’affairaient au ménage, certes, mais ses yeux très petits, très noirs, qui clignaient comme deux pupilles d’un chien aux abois ne perdaient pas l’once d’une opportunité pour un éventuel rapport.

Une manière à lui de se faire bien voir de la Direction et de prolonger ses instincts de chasseur.

Envie de lucre

Sa vision

Or, il n’était pas de bois quand même. Et quand un regard d’impudence, s’imposa à lui devant l’immense baie centrale inondée de clarté de la chambre 49 mais, aussi dans la salle-de-bains, il avait accroché  ce timide regard de fleurs sauvages aux accents enfantins. ; Et Subirada, cette nuit là,  avait osé rester. Il avait pu entrer dans la chambre car elle disposait d’un sas de couloir pour accéder à la pièce centrale. Et il s’en voulait, d’avoir déshabillé du regard ce couple avec la jeune fille,  dans cette chambre ouverte, mais son esprit n’en avait pas moins vagabondé jusqu’au cuir des chaussures de luxe marrons chaussées aux pieds de cet homme, celui qui avait toujours semblé le narguer. Et sans doute à cause du luxe ostentatoire de la tenue, il avait ressenti un immense besoin de venger la misère des siens. Mais, en réalité, c’était une ivresse pure et inconnue qui l’avait submergé en ces lieux, en dépit de l’arrogance extrême des protagonistes qui faisaient fi de l’ombre de Satan. 

« Retourne-toi  donc jeune fille que je te vois ! mais si par malheur je me suis trompé, un autre que moi se trompera aussi.. »

Le couple

Effectivement, il s’agissait bien, dans cette chambre, de cet homme à la mèche grise qui ne le regardait jamais et qui valait son pesant d’or. Cependant, exsangue, l’espagnol ne voyait sans doute que ces ongles aux ors d’écrins multicolores, si incroyablement petits et brillants. Ces diamants clairs en perles de doigts nus, pour un Subirada avide de curiosité et de sensations, n’étaient-ils pas des joyaux ? Il devait aussi réclamer, dans la pénombre, un spectacle plus appuyé. Et reconnaître la chambre de la jeune-fille. Et entendre ce qu’un père dirait pour réprimander sa progéniture.  Il est vrai que Subirada ne bougeait pas, il imaginait peut-être un scénario familier de couple. Comme une parure lissante, quand les mains de l’homme  caressaient lentement les cheveux couleur de lune de la fille, Subirada en rougissait. Mais elles descendaient trop vite, elles enveloppaient le corps de la fille d’instinct et, l’alliance de cet homme faisait la différence pour noircir encore les yeux de l’espagnol. Son cerveau fiévreux, à la minute même, allait rejeter le début de la décadence.

La morale

– « Ciel, je ne suis pas d’entre les prudes mais, l’homme qui convola en justes noces un matin de printemps. Le sérieux par excellence seulement, j’aime bien les femmes…
Tenez, ça m’indigne ! Et je le dis à la Madone, avec ce regard de famille au fond des yeux,  c’est sa fille !
Et, dans mon pays où vit ma fratrie, il existe une morale et, aujourd’hui, elle est absente du spectacle qu’offrent ces deux. Lui avec sa robe de chambre marine de chez Lauren, griffée de prestige, elle avec ses yeux veloutés, c’est pure immoralité. Avec sa main qui roule, comme une manne, sur sa hanche, c’est pure malhonnêteté, parce qu’il est son père, parce qu’elle est sa fille ! »

Le bouffon de service

– « Me prendrait-on pour le Gourmand de service ? Avec, je ne sais quoi d’obscène dans les pensées ou de délirant dans ma tête ? Moi l’espagnol, je serais une forme de voyeur ? Alors celui qui dit ça vous ment effrontément. Et si vous l’écoutez quel dommage ! J’aime invoquer mon église d’Espagne et son « Christ miséricordieux », mais, dites ! dans un complexe hôtelier de classe, est-ce la coutume que le père d’une brune progéniture à la moue boudeuse, profite d’une jeunesse ? Néanmoins, Subirada n’en finissait pas du spectacle appuyé,  de cet homme et de la fille.

« Ah,  si je regarde c’est parce que l’habitant désinvolte de Neuilly sur seine, que je n’aime pas, est mon client. Est-ce un crime ? »

Alors, la veille, au cours d’un dîner où il avait servi ce client à une table gastronomique, les voisins avaient été témoins des paroles irrespectueuses proférées à l’encontre du gouvernement d’en place. Comment au cours de ce repas, Subirada n’avait-il noyé l’important ?

L’hôtellerie

Il faut savoir que la Direction de Subirada entretenait ses employés dans l’esprit de l’objectif commun de l’industrie hôtelière. Celui-ci  devait être la satisfaction du client. Cependant, la curiosité dans le monde de l’hôtellerie n’en était pas moins présente, elle représentait la clairvoyance professionnelle des meilleurs. Et il s’agissait, selon elle, presque d’une sauvegarde de l’existence. Rester à l’affut de la moindre anomalie s’imposait. On sert, on observe, on sait et on oublie. Et de cela, Subira en aura tiré des leçons.  Il alla même jusqu’à penser que poursuivre des buts impardonnables dans le monde du travail pouvait certes permettre parfois de rêver mais surtout de survivre. Car l’hôtellerie était un métier difficile.

Subirada avait les montures assorties à son complet veston et si elles retombaient sur son  nez trop long quand il prenait les commandes aux tables de l’industrie hôtelière,  il avait appris enfin, non seulement qu’il devait s’ouvrir au monde et relever de nouveaux défis mais aussi à distinguer un pauvre d’un nanti, ou la fille d’une épousée.

Tout ceci allait bien lui servir. Au-delà des cheveux soyeux et des yeux langoureux, et de la similitude d’êtres aperçus l’espace d’un instant, il avait déjà monnayé dans son cerveau  la perversion génétique absolue, le cœur aimant, et l’indifférence glaciale.

Comme de bien entendu, il avait été,  de ce pas, leur faire payer pour que Justice soit faite… La Madone lui pardonnera bien ses petits travers…

Ainsi nacquit un sixième sens

 
 
Réalité sans fiction

BRINDILLE

 
 
Alors, le Président s’adressa à elle, face au parterre de Jurés : « Ôtez donc ces cheveux de devant votre visage, afin de l’offrir à l’assemblée !  »
 
 
 
 

Recevoir des visites

Il était une fois, dans une maison à étage située dans le centre de Muralgnac, une jeune fille de 14 ans dont la chambre se trouvait à côté de celle de ses parents. Il semblerait que dans ce couple, personne ne savait à quoi l’autre était occupé. Encore moins ce que ces deux sacrifiaient ou non à cause de la fille. Ils avaient mis au monde cette jeune fille fort appréciable. Seulement, elle les acceptait.
 

 

La mère

En ce qui la concernait, quand elle y pensait, elle avait une fille qui l’étonnait : Les faits acquis étaient qu’elle réclamait sa présence, s’empressait auprès d’elle, « faisait de la sentimentalité bébête », aurait voulu qu’on ne la laissât point seule. Mais enfin, elle n’avait pas que ça à faire, s’occuper de cette enfant qui la réclamait sans cesse !
 
Quand on sait que l’amour maternel est, chez les humains, à l’exemple des animaux, tout simplement composé d’instincts les plus basiques et qu’ils cessent quand les enfants peuvent se débrouiller seuls, on ne peut que s’étonner d’un comportement aussi inamical. Une musique pas maternelle aux sonorités sans doute difficiles à accepter pour une enfant. Par ailleurs, pour ceux qui connaissaient la mère, rien ne les étonnait. La personne était occupée. Elle vaquait à ses occupations chez elle, sans se soucier ni d’eux ni des habitants de la maison.
 
Cette mère pensait : « Cette fille est grande. Elle n’a pas à m’implorer de la sorte ». Sans compter que c’était mission impossible pour elle, d’agir autrement, une âme impénétrable qui avait toujours été élevée à la dure. Par conséquent, auprès de sa fille, elle se sentait étrangère à ses sollicitations. Voilà pourquoi elle était contrainte d’invoquer un manque de temps pour décliner les après-midis en sa compagnie. Elle préférait ne les réserver qu’à Jean, son mari qui la gâtait.
 

Mes draps de soie

Combien de fois ne  m’avaient étonnée, la cinémathèque des froideurs de ma mère alors que les tiers la voyaient sibylline, souriante, parée d’éclats de diamants. Mais ils brillaient si profondément qu’ils cachaient le reste. Mais aussi, la personnalité de mon père, quand ses paroles dispensaient, au sein de son foyer, un sentiment profond de supériorité comme celui de se retrouver au-dessus du cercle des humains.
 
« Voilà celui qui entre dans ma chambre » : avec ses yeux d’enfer, alors que l’épouse dort à côté ».
 

L’arbre et la cloison de la chambre de Brindille

A première vue, elle avait toujours été grande, rassurante, bien meublée, et d’immenses placards muraux installés formaient cloison à celle de ses parents. Mais, quelle erreur de penser y rencontrer le luxe.
 
Dans la chambre, la cloison était redoutable, sinistre ! elle était peinte, pleine, mais pas loin de la porte qui donnait sur le palier, au travers d’elle, il y avait un arbre pour y  pénétrer !
 
Dans la généalogie, incroyable, assurément de constater à quel point l’univers de certains peut écrouler celui des autres. Il y a urgence dans leurs fantasmes. Cherchons-en les causes dans nos mémoires, des tourments lourds d’une traversée titubante ? Non, des actes barbares qui vont ressembler à des mécanismes de précision et se répéter inlassablement.
 
La nuit, l’arbre vert s’approchait sans gronder pour ne pas réveiller l’épouse quand la cloison archivait, ses moindres mouvements. La descente de lit entrelaçait ses racines usées sous un tronc couvert des mousses de sa dignité. Une pendule fluorescente crachait un cinq heures du matin ; on se penchait un moment à la flairer, avant de déployer parmi la soie des draps, des tentacules dénudées par le souffle d’un vent déchaîné. Sans doute, à cet instant fatidique, fallait-il se demander, vision d’arbrisseau planté là, couché au fond d’un ruisseau, qui cherchait appui sur un mur, si on était là pour espérer simplement l’embrasser ou si l’œil affamé allait briser le tabou légendaire qu’il ne s’était jamais posé…
 
Dans sa couche, l’arbre écrasait ses branches sur elle avec sa respiration saccadée. De ses yeux clairs la Brindille avait un constat indigné. Il sortait de ses lèvres pendant l’oraison l’habituelle litanie, dans la langue de Shakespeare. Par l’excès de ses paroles, si on les avait comprises, la foule se serait jetée sur elle ! Et pour cause : La porte de la chambre de la jeune fille qui s’ouvrait laissant s’infiltrer inlassablement l’arbre enveloppé d’un courant d’air glacé, était sans clé. Car dans  l’accès même de sa douleur et de ses plaintes, jamais elle ne s’opposait.
 

L’enfer de Dante

A tout bien considérer, le bonjour, ne magnifierait-il pas l’infamie et l’au-revoir,  ne le sanctifierait-il ? Un abîme d’adresse dans un océan de félonie.
 
Réveillée en sursaut dans l’obscurité par le bruissement du drap qu’on soulève, l’arbre aux longues tiges, arrivait de la forêt. Il venait déranger ses songes. Sirocco d’une nuit, coupables convoitises, il voulait par excès de chaleurs et désirs s’infiltrer dans son lit ! D’abord têtue, elle avait passé ses brindilles de l’autre côté, puis apeurée s’était enracinée contre le mur et celui du silence. Ne plus voir, ne plus entendre.  Ô mais elle avait l’habitude et s’il venait souvent dans sa chambrée, c’était sans crier gare : peu importait aux branches la révolte de sa muse, s’il continuait à se tendre, s’inviter, s’enrouler, saisir sa proie c’est qu’il voulait la forcer à l’intérieur de ce bosquet.

 

Intermède dans la nuit et la honte d’en faire partie

S’il ne me reste que quelques jours à vivre, je t’en fais le serment ici bas. Père : Je te crie ma haine et la famille de ma mère. Tes immenses droits, ne sont que honte d’en faire partie. Circulez,  lignée de canailles !
 
Dans cette chambre, en proie à la bourrasque, les rapaces du ciel, quittaient l’arbre noir, envers et contre tous. Ils s’attachaient à faire ployer la brindille, à cette heure. Et ils revenaient toujours et encore mieux pour la punir. Ils s’abattaient, de faim, consciencieusement contournant les rafales ; Ciel !  l’axe de son épaule baissait sous le poids de la branche, avant que, sous lui, elle ne céda aux forces de l’hiver qui succédait au printemps sans avoir vu naitre ni l’été ni l’automne. Ô, sur la couche, on ne voulait que la recouvrir de chaleur pour éviter les frimats de l’ombre et de la terre, mais encore une fois, l’arbre n’avait pas jailli du seuil pour repartir sans rien. Il allait mourir sur elle avant de mourir sur la Terre, exempté de remords.
 
Tels ces rapaces, ces créatures aux désirs vénériens, qui disparaissent dans la nuit après avoir demandé de se taire.

 

Silence de la nuit

 
Ah ! ces souvenirs qui nous reviennent ! leurs embrassades qui nous honorent, leurs menaces qui nous ont convaincues ! Des carnets qui survivent ensuite comme ces lanternes mal éteintes. De toute évidence, leurs émergences auront brisé définitivement en nous l’accès au monde des vivants ; car, le cœur a ses raisons. Et, au-delà des menaces et des sanctions, des prières silencieuses de l’enfance, des cendres resteront à jamais incrustées dans nos corps et nos têtes ; C’est ainsi qu’une autobiographie d’annales s’éparpillera sur une feuille invisible. C’est quand la douleur chronique se réveille que l’amant, le père, redevient ce charlatan ayant soumis nos tendres têtes à ses besoins.
 
 
Poursuivant son but, après l’injonction de s’ouvrir, son bois vivait et balançait, comme un métronome régulier, porté par les rafales du vent qui soufflaient. Mais son visage durant était aux abois, exsangue : le prédateur avide, traversait l’ouragan de ses traits altérés, prêt à crever celle qui se rebifferait sur la couche. Montée aux dépens de sa majesté l’arbre noir, invisible dans la brume de la nuit, attentive elle écoutait la voix murmurer : “ N’aies pas peur, il est là, il te voit, il ne te fera pas de mal, peut pas s’en s’empêcher, impossible pour moi d’aller les voir, tu sais ». Il parlait des autres grandes fleurs bien sûr.
 
La foi-mauvaise, c’est comme l’amour ou la peur, en admettant qu’elle ne tue pas, elle est indéracinable.

Le concert

Conformément à l’une des Lois divines universelle, celle du Libre-Arbitre, la Nature avait dotée l’âme de la Brindille d’un certain comportement, l’aptitude à l’humour. Que de tonalités suaves épiait-elle lors du concert dans cette futaie. Ses yeux pleuraient… de rire. Baryton pour l’aube, grave au Midi, délivrance basse au couchant du soleil ; pour l’heure, on suintait sur elle de résine âcre comme un serpent visqueux autour de son corps retourné et les yeux de l’immature Brindille flamboyaient sous ses paupières comme deux silex. Dans la nuit, ses rires inondaient l’oreiller d’un nuage de pluie. Sous lui qui haletait, la Brindille guettait le jour qui se levait. Mais la nubile chronométrait encore avec ses petits doigts sur le lit. La fin n’était pas loin. L’arbre finirait bien par rentrer au bois, quand ce serait l’heure. Avec quelques frémissements de plus et la Loi des cycles et du rythme allait se mettre en place dans ce lieu. Les minutes passaient, bientôt, elle ne serait plus enterrée par ce tronc incomplet ; Ce fut alors que le crépuscule vit s’ouvrir deux bourgeons marrons à l’éclat diabolique, lors de l’éclosion,  Au point que ses branches se relâchèrent, libérant sa proie sous lui. Enfin, sur l’ultime labyrinthe, il retomba sur le flan de la colline après l’orage. Les feuilles, arrachées par la violence du vent,  jonchaient à présent la descente de lit du tapis en mousse comme un point final à l’histoire.
 

 

Le portrait du mauvais œil ?

Il ne croisait jamais le regard d’un oiseau en direct. Ses discours envers quelques amis, étaient obscurs. Il détournait manifestement ses yeux des tiers pour mieux cacher ses pensées. Il était comme un feu follet, qui dirige son faisceau avec la plus grande des illusions pour convaincre celui qui vient à sa rencontre. Par conséquent, si l’on conçoit que la vision du père pour ses enfants pourrait être d’une nature imaginaire très solide, on se demande bien comment des Brindilles deviennent la clarté intérieure, d’officiers de la Légion d’Honneur. Ou bien alors, ne verrait-il en lui que la reconnaissance d’un hypothétique moi ?

Pour être plus clairs, comment, dans le tréfonds des forêts, pourront survivre ces fleurs abandonnées dans le lit d’une eau de rivière si personne ne les comprend, ne les fait briller, ne les aide à contempler un monde meilleur ?

 
Oui, les racines sont devenues encens. Je vous invite, prophète psychiatre à m’éclairer
 
Appeler le 119
Enfance en danger

 

 

Ponce Pilate – Acte I – SCENE III à XII

DIFFUSION

LISTE DES PERSONNAGES

 

PONCE PILATE, gouverneur (1) de Judée.
PUBLIUS, son secrétaire.
CLAUDIA PROCULA, épouse de Pilate.
CECILIA,  sa suivante.
ABENADAR, officier romain(2).
CASSIUS, officier romain(3).
LICTEURS, BUCCINATEURS, SOLDATS ROMAINS.

 

HERODE (ANTIPAS), tétrarque de Galilée.
CAÏPHE, grand prêtre du Temple de Jérusalem, membre « majoritaire » du Sanhédrin ou Grand Conseil Juif.
JOSEPH D’ARIMATHIE, membre « minoritaire » du Sanhédrin.
NICODEME, membre « minoritaire » du Sanhédrin.
BARABBAS, brigand.
GARDES ET MANIFESTANTS JUIFS.

 

LE SEIGNEUR JESUS-CHRIST(4).
MARIE, sa mère.
PIERRE, chef des apôtres.
JEAN, apôtre.
LAZARE , disciple de Jésus.
(MARIE) MADELEINE, sa sœur(5).
LA VOIX D’UN AGE.

 

Acte I – scène III

ACTE I

Ponce Pilate, Notre Seigneur Jésus-Christ ; sur le seuil, Abenadar et Cassius ; un moment, Publius.

SCENE III : 

PILATE

Parleras-tu, Jésus ? Tu n’as rien objecté
au prêtre qui s’acharne à te persécuter.
Le verdict qui te frappe et qui te terrorise
ne s’exécutera que si je l’autorise.
Si tu veux vivre, il faut répondre à mes questions
sans me dérober rien de ta situation

(début de citation. Passage du vers à la prose)
« Es-tu le roi des Juifs ?

NSJC

MA ROYAUTE NE VIENT PAS DE CE MONDE. SI MON ROYAUME ETAIT DE CE MONDE, MES TROUPES AURAIENT COMBATTU POUR QUE JE NE TOMBE PAS AUX MAINS DES JUIFS. MAIS JE TE LE DIS EN VERITE : MON ROYAUME N’EST PAS D’ICI-BAS.

PILATE

Ainsi donc, tu es roi ?

NSJC

JE SUIS NE, JE SUIS VENU DANS LE MONDE POUR RENDRE TEMOIGNAGE A LA VERITE. TOUT HOMME QUI APPARTIENT A LA VERITE ECOUTE MA VOIX.

PILATE

Qu’est-ce que la vérité ? » 14
(fin de citation. Retour de la prose au vers)
(Pilate se détourne du Christ et parcourt nerveusement la terrasse. En revenant, à part)

Personne en sa faveur ici ne se soulève.
Etrange royauté sans apparat ni glaive !
Ni Rome ni César ne sauraient s’alarmer
de cette vérité qu’il ose proclamer.
(à Jésus)
Je ne retiendrai pas contre toi le blasphème
dont Caïphe et les siens font sujet d’anathème.
L’ordre public est sauf, et cela me suffit.
Mais je ne comprends pas ta cause et ton défi.
Tu parais te résoudre au plus affreux supplice
et marcher à la mort ainsi qu’au sacrifice.

NSJC

C’est pour toi que je meurs, et pour l’humanité.
Il faut que mon amour passe sa cruauté.
Je souffre et cependant mon triomphe consomme :
la puissance de Dieu n’est pas celle des hommes.

PILATE, à part.

Son mystère profond laisse désemparé.
Il ne se défend pas comme je l’espérais.
(nouvel aller-retour à la terrasse)
Contre son propre roi cette foule s’agite.
Un groupe de furieux la travaille et l’excite.
(regardant Jésus)
Or je dois le sauver, puisqu’il est innocent.
Cherchons à contrarier leur vengeance et leur plan…
(au Christ)
Es-tu Galiléen ?

NSJC

Je suis sujet d’Hérode.

PILATE, à part

Pour me couvrir, voici la plus sûre méthode !
Le tétrarque est ici : La Pâque le requiert.
(il fait un signe à Abenadar, qui sort un instant
et revient avec Publius, auquel Pilate dicte le
message suivant)

« Cher Hérode, oublions nos différends d’hier13.
On me donne à juger Jésus de Galilée.
Le Sanhédrin est lourd de haine accumulée.
Comme votre sujet, pour moi, est innocent,
je m’en rapporte à vous pour épargner son sang ».
(il appose sa marque sur le rouleau, congédie le secrétaire et réintroduit Caïphe et les gardes juifs)

SCENE IV :

Les mêmes, Caïphe, gardes juifs.

PILATE, confiant le parchemin à Caïphe.
Je ne trouve en Jésus nulle trace de crime.
Je l’envoie à Hérode, à qui va mon estime.

CAÏPHE, se ressaisissant de Jésus.
Pilate, croyez-vous bien servir l’empereur ?
Puissent bientôt vos dieux vous convaincre d’erreur !
(il part rageusement avec le Christ et ses soldats)

SCENE V :

Ponce Pilate ; sur le seuil, Abenadar et Cassius.

PILATE, se tournant vers l’autel
Mes dieux ! De tous côtés mon âme est entraînée.
J’ai hâte que finisse une telle journée,
mais ne sais si la guerre ou la paix prévaudra
quand la Pâque des Juifs ici s’achèvera.
(entre Claudia Procula)

SCENE VI :

Les mêmes, Claudia Procula

CLAUDIA

Je vous revois, Pilate, et Jésus n’est pas libre !
Pensez-vous que le vrai et le faux s’équilibrent
et qu’un combat se gagne à être différé ?
Il est temps de juger, non de délibérer.

PILATE

Ce n’est pas sans dessein qu’ainsi je temporise :
la division des Juifs est tout ce que je vise.
A ma juste requête Hérode accédera.

CLAUDIA

Hérode est un renard, doublé d’un scélérat.
Il ne vous aime pas, et supporte à grand’peine
qu’un tuteur étranger le contrôle et le freine.
Il pourrait à vous nuire oser s’aventurer
en ne soutenant pas Jésus défiguré.
Ne vous souvient-il pas de ce rude prophète
qu’il fit décapiter dans l’émoi d’une fête :
ce Jean dit le Baptiste…

PILATE, protestant.

Il en a le remords
et Jésus le fascine et l’impressionne fort.
Si le Nazaréen d’un miracle l’honore,
il le gratifiera d’une nouvelle aurore.
Hérodiade elle-même en perdra son pouvoir
et j’aurai accompli, grâce à lui, mon devoir.

CLAUDIA

Vous remettez le sort du maître de la terre
à votre plus intime et perfide adversaire !
Vous hasardez beaucoup. Mais si vous échouez,
si l’avenir s’obstine à vous désavouer,
si bien qu’il n’ait commis ni blasphème ni crime,
Jésus de cette Pâque est l’injuste victime,
craignez que votre anneau n’éclaire plus mon doigt
et que nous nous voyions pour la dernière fois !
(elle sort)

SCENE VII :

Ponce Pilate, Abenadar, Cassius.

PILATE, à part.

Vous qui me soupçonnez d’être un lâche ou un traître,
avez-vous affronté, comme moi, le grand prêtre ?
Avez-vous mesuré l’âpreté du combat,
défendu ce Jésus, qui ne se défend pas ?
(après avoir parcouru, une nouvelle fois, la terrasse)
Avez-vous vu monter la plèbe qui fermente,
l’émeute que l’argent des Pharisiens fomente
pour imposer la mort de ce Galiléen ?
Rome doit-elle unir son intérêt au sien ?
(se débattant)
Pardonnez-moi, Claudia : le doute m’accapare…
(après réflexion)
Si Hérode me lâche, il faut que je prépare
une nouvelle issue…
(il appelle ses officiers auprès de lui)
Abenadar, c’est vous
qui avez capturé cet homme aux yeux de loup,
ce magicien pervers, cet éventreur de femmes
qui, tandis qu’un quartier était livré aux flammes,
y perpétra un meurtre et bien d’autres méfaits…
Quel est son nom déjà ?

ABENADAR

Barabbas15.

PILATE

En effet !
S’il inspire l’horreur, il peut nous être utile.
Assurez-vous de lui.
(départ d’Abenadar et de Cassius)
La manoeuvre est subtile…
Par Hérode ou par elle, enfin, Jésus vivra.
Pilate, dira-t-il, des Juifs me délivra.

(changement de décor. La terrasse du jugement occupe à présent toute la scène, face au public qui tient la place de la foule, de manière à se sentir à la fois menacé par les pulsions grégaires et impliqué dans la responsabilité de la passion de Christ.
Sur un trépied sont posés les insignes de la dignité de Pilate. On distingue également un bassin pour les ablutions et des aigles romaines.
Des licteurs, des buccinateurs (joueurs de trompettes militaires), le secrétaire, des officiers (Abenadar, Cassius) et des soldats entourent Pilate. Leur tension doit être visible, face à une foule qu’ils redoutent de ne pouvoir contenir).

SCENE VIII :

Ponce Pilate, Notre Seigneur Jésus-Christ, Barabbas, fonctionnaires et soldats romains, manifestants juifs (disséminés dans le public).
(Pilate et Jésus, renvoyés par Hérode, s’avancent vers le devant de la scène. A l’arrière-plan, on devine Barabbas, enchaîné entre deux soldats)

PILATE triomphant

Hérode à mon avis lui-même se rallie.
Jésus nous apitoie et nous réconcilie16.
(murmures réprobateurs dans l’assistance)
Rien de ce qu’il a fait n’a mérité la mort
et le tétrarque à moi s’en remet de son sort.
(nouveaux murmures)
Rome ne juge pas sans motif et sans preuve.
Jésus de Nazareth est sorti de l’épreuve.
Vous devez l’acquitter. N’a-t-il pas trop souffert ?
(des cris « A mort ! » commencent à fuser et à s’amplifier. A part)
Hérode me nuit plus, hélas ! qu’il ne me sert…
(jouant son va-tout)
La coutume, à la Pâque, est que je vous libère
un de nos prisonniers. Ainsi le veut Tibère.
(il fait signe aux soldats d’amener Barabbas sur le devant de la scène)
A ma droite, Jésus, roi des Juifs, innocent ;
Barabbas à ma gauche, un criminel de sang. Lequel choisissez-vous ?
(une voix grêle, héroïque mais solitaire, répond : « Jésus de Nazareth ! » Pilate sourit et adresse un geste discret, de côté, à quelqu’un qu’on ne voit pas, mais qu’on devine être Claudia Procula, Implorant)
Un peu plus d’énergie !
C’est de vous que j’attends la justice et sa vie.
(lourd silence, puis)

LES MANIFESTANTS

Barabbas ! Barabbas !
(la rumeur s’enfle et devient universelle)

PILATE, aux soldats

Délivrez Barabbas !
(aussitôt délié, celui-ci fait un bras d’honneur en direction des Romains et se perd parmi les spectateurs. A part.)
Ma police humiliée !
(tourné vers Jésus)
Et Lui ne parle pas !
Lui, dont tout le parcours est semé de prodiges,
s’abandonne au trépas que cette foule exige !
S’il la bravait pourtant, Rome serait pour lui.
Mais quoi ! Même les siens se taisent ou ont fui,
désarmés comme moi par son affreux silence.
Àlors que seul, j’affronte une telle violence,
il manque à son destin ! N’est-ce pas criminel ?
(il lève le bras et fait sonner de la trompette)
Jésus sera puni, en ce jour solennel,
par cent coups de fouet sur la place publique !
Et que l’ordre revienne, et que la loi s’applique.
(baisser de rideau, pendant lequel on n’entend plus que le sifflement des fouets et les hurlements sauvages des bourreaux).

SCENE IX :

les mêmes, moins Barabbas, puis Caïphe.

(des soldats traînent Jésus devant Pilate. Le Christ est à présent couronné d’épines et vêtu d’un manteau écarlate)

PILATE

« Ecce homo ! »
(le gouverneur savoure un instant l’effet produit par un spectacle aussi lamentable. Profitant d’une accalmie dans les murmures et les imprécations)
Jésus, pour la dernière fois,
arbore le diadème et la pourpre d’un roi.
S’il aspira jadis à régner en Judée,
son espérance est morte et sa coupe vidée.
Laissez-le donc aller, ce châtiment suffit.
Il n’a rien fait de mal, je vous l’ai déjà dit.
(un formidable hourvari accueille ces paroles. Les cris « A mort ! », « Crucifie-le ! » retentissent de plus belle. Soudain, le grand prêtre Caïphe se porte au premier rang de l’assistance, la prenant à témoin, puis apostrophant Pilate)

CAÏPHE, au public

Ô peuple d’Israël, est-il pire imposture
que Dieu prostitué par une créature ?
Le Messie annoncé n’est pas encor venu
et ne peut en Jésus être ici reconnu17.
Il ne reste de lui qu’un insigne blasphème.
Les Juifs qui l’ont suivi sont en péril extrême.
(à Pilate)
Les Anciens ont traité ce dossier comme il faut.
Vous n’avez à juger ni le vrai ni le faux.
Puisque Rome a voulu, dans son omnipotence,
que son sceau donne force à de telles sentences,
nous respectons son droit. Respectez notre Loi,
puisque Israël est libre en matière de Foi.

PILATE, levant le bras.

Il n’est pas temps encor. Qu’on dégage la place !
Que Pilate et Jésus soient laissés face à face.
(Les soldats romains se portent sur le devant du théâtre et repoussent Caïphe sans ménagement. Le rideau s’abaisse un instant. Quand il se relève, il n’y a plus sur la scène que le Christ et le gouverneur)

SCENE X :

Ponce Pilate, Notre Seigneur Jésus-Christ.

PILATE

Es-tu un homme, es-tu un dieu, es-tu un roi ?
Jésus de Nazareth, de grâce, réponds-moi.
Moi seul ai le pouvoir de te rendre à la vie
ou de signer l’arrêt pour qu’on te crucifie18.

NSJC

(début de citation, Passage du vers à la prose)

« TU N’AURAIS AUCUN POUVOIR SUR MOI S’IL NE T’AVAIT ETE DONNE D’EN HAUT. C’EST POURQUOI CELUI QUI M’A LIVRE A COMMIS UN PECHE PLUS GRAVE. »19

(fin de citation. Retour de la prose au vers)

PILATE

Je le tiens de César, ce pouvoir souverain

NSJC

A mon Père César ne doit-il pas le sien ?

PILATE

Distingué par Auguste, il le doit au génie
qui brille dans des lois que chacun nous envie.

NSJ

D’un ordre supérieur elles sont le reflet
ou ne méritent pas l’éloge qu’on en fait.

PILATE

Cet ordre, quel est-il ?

NSJC

La volonté du Père,
hors de laquelle il n’est que l’égal arbitraire
du tyran dont la force est le seul argument
ou de la foule prompte à suivre qui lui ment :
« vox populi » douteuse et bien mal assurée
si quelque vérité s’est par moi déclarée.

PILATE

De sa fureur, ici, je cherche à te sauver.

NSJC

Tu prendras place aussi parmi les réprouvés.
Moi seul suis le Sauveur, mon heure est arrivée
et ma marche à la Croix ne peut être entravée.

PILATE, avec toute la passion des Anciens pour la divination.

Dans le Livre des Juifs lirais-tu mon destin ?
S’il est vrai que mon sort repose entre tes mains,
quel hasard m’a du tien établi responsable ?
T’ai-je déjà jugé, pour être punissable ?

NSJC

L’Ecriture est muette au sujet des Romains,
mais Rome et sa puissance existent pour demain.
Quant à toi, ton passé voué à ta carrière
entre le Ciel et toi élève une barrière.
Je t’ai vu, pour gravir les marches du pouvoir,
recourir à l’intrigue au mépris du devoir.
Tu trompas Metellus et, par la calomnie,
as fait bannir Strator jusqu’en Lusitanie 20...

PILATE, à part.

Prophète, il est, sans doute et témoin fort gênant !
(au Christ)
Puis-je être pardonné ? Que faire maintenant

NSJC

Les Anciens d’Israël, rejetant la Lumière,
ont déserté le rôle imparti par mon Père.
Avec le petit reste attentif à ma voix,
il va renouveler l’univers par la Foi.
Avant cela, l’épreuve est au bout de la route.
Si tu me suis, Pilate, apprends ce qu’il en coûte :
ne crois pas que le Mal, si tu me délivrais,
devant l’aigle romaine ainsi désarmerait.
Nous serions déchirés par la foule qui gronde,
au jour fixé depuis l’origine du monde !
Moi, dont s’accomplirait la mission qui m’échoit,
toi, par ce sacrifice ayant part avec moi !
Es-tu prêt ?

PILATE, épouvanté.

A périr ?

NSJC

a entrer dans mon règne.
Après la mort, il n’est plus rien qui nous atteigne
et la splendeur du Père enfin te ravira !

PILATE, après un rapide calcul.

Je préfère survivre, encore, à ce prix-là
et te remettre aux Juifs !

NSJC

Tu as choisi, Pilate.
N’accuse pas le Ciel si demain ne te flatte.
Je te vois disgracié, traînant en divers lieux
le poids d’un lourd exil. Ni un fleuve fougueux 21
ni un lac où les monts plongent leurs pentes raides 22
ne guérissent ton cœur du remords qui l’obsède
Ainsi tu survivras… Mais toi mort, on dira :
il a cru juger Dieu, mais Dieu le jugera23.

PILATE, à part.

Un combat terrifiant dans mon âme se livre :
ou mourir avec lui, ou malgré lui survivre.
(après une ultime réflexion)
Une chose est certaine : il en sait trop sur moi,
ce qui pourrait conduire à étouffer sa voix 24.
(il lève le bas, une sonnerie de trompette retentit et les assistants de la scène IX reprennent place sur la scène)

SCENE XI :

les mêmes, fonctionnaires et soldats romains, manifestants Juifs (dans la salle) ; un moment, Caïphe.

(le mouvement de cette scène reproduit, en l’aggravant, celui de la scène IX)

PILATE, avec une lassitude visible.

Après cet entretien, son innocence éclate.
Je dois donc libérer Jésus en toute hâte
de peur que pour la Pâque, un sang ne soit versé
dont l’opprobre à jamais ne puisse être effacé.
(les clameurs : « A mort! », « Crucifie-le ! » recommencent à s’élever. Caïphe monte à nouveau à l’assaut)

CAÏPHE

La Pâque est notre affaire, et celui qui la trouble
est celui dont le zèle obstinément redouble
à ne pas envoyer tout de suite à la mort
l’homme dont le Conseil a décidé du sort.
L’empereur apprendra que cette réticence,
qui met Jérusalem en folle effervescence,
menace la concorde et le protectorat,
exposant la Judée aux coups des scélérats.
(les cris de mort s’intensifient)

PILATE, à part.

César, à qui complaire est toute mon étude,
pourrait, en ce procès, flétrir mon attitude !
Le crédit de Caïphe à Rome est-il si grand ?
Mais le mien suffit-il à préserver mon rang ?
(aux Juifs)
Puisqu’il en est ainsi, saisissez votre proie.
Mais dans cet attentat, mon bras ne se dévoie.
(Il plonge ses mains dans la cuve à ablutions et les brandit devant le public)
Une dernière fois, Jésus est innocent.
Les deux mains que voici sont propres de son sang !

LES MANIFESTANTS

Qu’il retombe sur nous, sur nos fils et nos femmes,
pour sept générations ! Mets en croix cet infâme !

PILATE

N’est-il pas votre roi ?

CAÏPHE

César est notre roi.
Nous le reconnaissons, respectez notre Foi.
(avec des gestes d’automate, Pilate se pare des insignes de sa dignité. Un buccinateur lance un appel lugubre)

PILATE, solennel et mécanique.

Vingtième année, ici, du règne de Tibère,
Pâque : le Sanhédrin dans la nuit délibère
et conclut que Jésus doit être exécuté
car il s’est investi de la divinité
et fait le roi des Juifs au mépris de l’empire.
Moi, Pilate, entendu ce qu’il avait à dire,
confirme que les faits qui lui sont reprochés
lui valent à la croix d’être enfin accroché25.
(silence de mort. Les soldats s’emparent du Christ)

SCENE XII :

Ponce Pilate, Caecilia.

(changement de décor. Cette scène a lieu dans celui des scènes I à VII. Au lever de rideau, Pilate, chancelant, revient de la tribune où il a prononcé son arrêt. Entre Caecilia)

CAECILIA

Seigneur, pardonnez-moi. La sentence rendue
provoque le départ d’une épouse éperdue.
(restituant à Pilate le gage confié à Claudia Procula à la scèneI)
Reprenez cet anneau dont elle avait pensé
que le doux souvenir pût vous influencer.

PILATE

Par où a-t-elle fui ? Retiens-la, je l’exige,
ou quitte ce palais que la douleur afflige !

CAECILIA

Il n’est plus temps seigneur : brûlant de réparer
la part que son échec a prise à cet arrêt,
elle a choisi de vivre au milieu des fidèles
de ce Nazaréen, leur chef et leur modèle26.

PILATE

Mais ils seront proscrits de l’empire romain !

CAECILIA

Elle espère un Sauveur pour tout le genre humain.
(Pilate se dirige, à grand’peine, vers l’autel païen)

PILATE

Vous qui m’abandonnez, dieux et mânes de Rome,
n’attentez pas aux jours du plus triste des hommes !
(il s’effondre, brisé)

 

 

 

(A suivre)

(14) Jn XVIII, 33 à 38a
(15) Barabbas avait commis un meurtre dans une émeute (Lc. XXIII, 19; Mc. XV,7) « exercé la magie, eventré des femmes enceintes et s’était rendu coupable de bien d’autres crimes que j’ai oubliés » (ACE, XXI). C' »était un brigand » (Jn. XVIII,40).
(16) « En ce jour, Hérode et Pilate devinrent amis l’un de l’autre ; car auparavant, ils étaient ennemis » (Lc XXIII,12)
(17) C’est encore la conviction du judaïsme actuel, malgré l’arrêt des prophéties et la dispersion des Juifs pendant plus de 1.800 ans. Mais du temps de Jésus, la secte des Hérodiens voyait le Messie dans Hérode le Grand, voire dans ses descendants ou les empereurs romains (MG, « Les Hérodiens », IX et X).
(18) Selon Mgr Gaume, Pilate, comme la foule, déduisit de la préférence donnée à Barabbas sur Jésus que celui-ci était désormais justiciable du même supplice que ce criminel, alors que son « blasphème » ne l’exposait qu’à la lapidation, jugée moins infâmante (MG, « Pilate », XXII et XXIII). Cette condamnation permettait, par ailleurs, que le Christ subît sa peine entre les deux larrons.
(19) Jn. XIX, 11. Tout en reconnaissant le pouvoir sur lui que lui donne l’exequatur, Jésus annonce ainsi à Pilate qu’il va pécher en mésusant, moins gravement certes que Caïphe qui a contribué à sa condamnation à mort.
(20) « Metellus » et « Strator » sont des personnages fictifs, mais, d’après Anne-Catherine Emmerich (ACE, XXIV et XXV), Jésus fit voir à Pilate « la vérité et l’état effrayant de son âme » et lui révéla « ses crimes les plus secrets ».
(21) ALLUSION AU RHÔNE, qui baigne le site d’EXIL DE vienne, en Gaule (cf., sur ce point, note 58).
(22) ALlusion au lac suisse des Quatre-Cantons, dominé par le mont Pilate, qui doit peut-être son nom, plutôt qu’à un exil non attesté, aux légionnaires des régions alpines qui servaient alors à Jérusalem (ACE, XIX).
(23) Jésus prédit à PIlate « le sort qui l’attendait et sa fin misérable dans l’exil ; il ajouta que le Fils de l’homme viendrait un jour prononcer sur lui un juste jugement »(ACE, XXIV).
(24) Pilate « se dit en lui-même » : « S’il meurt, ce qu’il sait sur mon compte et ce qu’il me prédit sera enseveli avec lui dans le tombeau » (ACE, XXV).
(25) D’après un vieil historien, Adricome, la sentence orale aurait été la suivante : « Jésus de Nazareth, perturbateur du peuple, contempteur de césar et faux messie, comme il a été prouvé par le témoignage des anciens de sa nation, sera conduit au lieu ordinaire du supplice et, par dérision de sa majesté royale, crucifié entre deux voleurs. Va, licteur, prépare les croix » (MG, « Pilate », XXXI). Anne-Catherine Emmerich donne, en substance, une version similaire (CE, XV).
(26) Selon Anne-CAtherine Emmerich, les amis de Jésus cachèrent Claudia dans un souterrain sous la maison de Lazare, à Jérusalem (ACE, XXV). Sur son destin, cf. note 57.

 

Image Pixabay Jules César

Fête de la Saint-Valentin

Replay article d’un ancien blog

Pourquoi Saint-Valentin est-il le patron des amoureux ?

En fait, il est assez difficile de le savoir …. Tout d’abord, il existe plusieurs saints du nom de Valentin, tous fêtés le 14 février. Une jolie histoire court au sujet de l’un d’eux. En l’an 268 après J.-C., l’empereur romain Claude II aurait fait interdire les mariages, car, croyait-il, les hommes mariés pensaient trop à leur bien-aimée et faisaient de mauvais soldats. Le prêtre Valentin continua pourtant à marier les fiancés. Arrêté, emprisonné puis décapité, il fut enterré le long de la voie Flaminia, où on lui rendit un culte. La fête des amoureux est-elle liée à cette histoire ? Peut-être, mais ce n’est pas sûr. Car, bien avant Valentin, la mi-février était déjà consacrée aux amoureux. A Rome, on célébrait à cette époque les Lupercales, fête de la fécondité. Les fiancés en profitaient souvent pour faire leur demande en mariage … Mais peut-être l’origine de la Saint-Valentin est-elle encore plus ancienne que cela. Peut-être nous vient-elle de l’observation toute simple de la nature : la mi-février est, dit-on, le moment où les oiseaux commencent à s’accoupler …

Autrefois, pourquoi les jeunes filles observaient-elles les oiseaux le jour de la Saint-Valentin ?

Selon une vieille superstition, le premier oiseau que voyait une jeune fille le 14 février donnait des indices sur son futur mari : un rouge-gorge, et ce serait un marin. Un moineau présageait un mariage heureux avec un homme peu fortuné. Un chardonneret indiquait un mariage avec un homme riche.

Cupidon ou l’Amour  Dans un sens très général, il a souvent été expliqué ce que les Grecs entendaient par les mots Eros, Antéros. Ces deux expressions prirent avec le temps une signification beaucoup plus restreinte dans la langue commune aussi bien que dans la langue poétique. Eros finit donc par désigner « l’amour », avec l’acception du terme latin équivalent, amor. Son composé Antéros eut dès lors non plus seulement le sens de contreamour, mais encore et plus souvent celui d’amour pour amour.

Vénus

Les poètes se plaignaient  à Thémis de ce qu’Eros, son fils, restait toujours enfant, la déesse consultée répondit qu’il ne grandirait point tant qu’elle n’en aurait pas d ‘autre.  Alors sa mère lui donna pour frère Antéros avec lequel il commença à grandir. Par cette jolie fiction, les poètes ont voulu faire entendre que l’amour, pour croître, a besoin de retour. On représentait Antéros, comme son frère, sous la figure d’un petit enfant, avec des ailes, un carquois, des flèches et un baudrier.

Le nom de Cupidon

En latin, il implique l’idée d’amour violent, de désir amoureux, en grec Iméros. Mais, dans la mythologie latine, on prête à ce dieu à peu près la même origine, la même histoire qu’au dieu grec Eros, amour. Cupidon, d’après le plus grand nombre des poètes, naquit de mars et de Vénus. Dès qu’il eut vu le jour, Jupiter, qui connut à sa physionomie tous les troubles qu’il causerait, voulut obliger Vénus à s’en défaire. Pour le dérober à la colère de Jupiter, elle le cacha dans les bois, où il suça le lait des bêtes féroces. Aussitôt qu’il put manier l’arc, il s’en fit un de frêne, employa le cyprès à faire des flèches, et essaya sur les animaux les coups qu’il destinait aux hommes.

L’arc et le carquois

Depuis il les échangea contre d’autres en or. Il est ordinairement représenté sous la figure d’un enfant de sept à huit ans, l’air désœuvré, mais malin : armé d’un arc et d’un carquois rempli de flèches ardentes, quelquefois d’une torche allumée ou d’un casque et d’une lance ; couronné de roses, emblème des plaisirs. Tantôt il est aveugle, car l’Amour n’aperçoit pas de défauts dans l’objet aimé; tantôt il tient une rose d’une main et un dauphin de l’autre. Quelquefois on le voit entre Hercule et Mercure, symbole de ce que peuvent en amour la valeur et l’éloquence. Parfois il est placé près de la Fortune ayant comme lui un bandeau sur les yeux. Il est toujours peint avec des ailes, et ces ailes sont de couleur d’azur, de pourpre et d’or. Il se montre dans l’air, le feu, sur la terre et la mer.

Avec les animaux

Il conduit des chars, touche la lyre, ou monte des lions, des panthères et quelquefois un dauphin, pour indiquer qu’il n’y a point de créature qui échappe au pouvoir de l’Amour. Il n’est pas rare de le voir représenté auprès de sa mère qui joue avec lui, le taquine ou le presse tendrement contre son cœur. Parmi les oiseaux, il aime le coq et le cygne, oiseau favori de Vénus; lui-même prend parfois des ailes de vautour, symbole de la cruauté. Il se plait à monter sur le cygne dont il embrasse le cou; et, quand il se tient sur le dos du bélier, on voit paraître sur son visage autant d’allégresse et de fierté que lorsqu’il est assis sur un lion, sur un centaure ou sur les épaules d’Hercule. S’il porte le casque, la pique et le bouclier, il affecte de prendre une attitude, une démarche guerrières, montrant ainsi qu’il est partout victorieux, et que Mars lui-même se laisse désarmer par l’Amour.

Cupidon

Cupidon s’éprit d’une violente passion pour une simple mortelle, psyché, princesse d’une beauté ravissante ; et il voulut devenir son époux. Longtemps Vénus fit opposition à ce mariage, et soumit Psyché à de difficiles et presque insurmontables épreuves. Enfin Cupidon alla se plaindre à Jupiter qui se déclara pour lui. Mercure reçut l’ordre d’enlever au ciel Psyché qui, étant admise en la compagnie des dieux, but le nectar, l’ambroisie, et devint immortelle. On prépara le festin des noces. Chaque dieu y joua son personnage ; Vénus même y dansa.

Psyché

Plus tard psyché mit au monde une fille qu’on appela Volupté. La fable de Psyché (mot grec qui signifie âme) a inspiré Apulée, La Fontaine, le poète V. de Laprade, le grand peintre baron Gérard, etc … Les invocations à Cupidon ou à l’Amour sont nombreuses dans les poètes. Son culte était le plus souvent associé à celui de sa mère, Vénus ou Aphrodite

Bonne fête à tous les amoureux

Bonne Saint-Valentin !

Image parAlexas_Fotos de Pixabay

Le pouvoir et la vérité

LISTE DES PERSONNAGES

06/11/2018

PONCE PILATE, gouverneur (1) de Judée.
PUBLIUS, son secrétaire.
CLAUDIA PROCULA, épouse de Pilate.
CECILIA,  sa suivante.
ABENADAR, officier romain(2).
CASSIUS, officier romain(3).
LICTEURS, BUCCINATEURS, SOLDATS ROMAINS.

 

HERODE (ANTIPAS), tétrarque de Galilée.
CAÏPHE, grand prêtre du Temple de Jérusalem, membre « majoritaire » du Sanhédrin ou Grand Conseil Juif.
JOSEPH D’ARIMATHIE, membre « minoritaire » du Sanhédrin.
NICODEME, membre « minoritaire » du Sanhédrin.
BARABBAS, brigand.
GARDES ET MANIFESTANTS JUIFS.

 

LE SEIGNEUR JESUS-CHRIST(4).
MARIE, sa mère.
PIERRE, chef des apôtres.
JEAN, apôtre.
LAZARE , disciple de Jésus.
(MARIE) MADELEINE, sa sœur(5).
LA VOIX D’UN AGE.

(à Jérusalem, le jour et le surlendemain de la Pâque juive, puis une cinquantaine de jours après, au palais de Pilate).

(1) La plupart des historiens ne lui donnent que le titre de « procurateur », ce qui équivaut à « chargé de mission » auprès du gouverneur de Syrie.
(2) D’origine arabe, cet officier sera baptisé sous le nom de Crésiphon.
(3) Cet officier sera baptisé sous le nom de Longin.
(4) L’acteur investi de ce rôle doit se souvenir que Notre Seigneur Jésus-Christ était à la fois Dieu et homme, totalement et indissolublement. Il doit éviter simultanément tout misérabilisme et toute insensibilité. La haute figure qui se dégage du Saint Suaire de Turin lui servira de référence.
(5) Alain Didier a adopté ici la position traditionnelle qui fait de Madeleine la plus jeune sœur de Lazare.

 

PROLOGUE

(le vendredi de la Pâque juive, à l’aube, dans les appartements de Claudia Procula)

SCENE UNIQUE : Claudia Procula, Caecilia.

(très agitée, l’épouse du gouverneur de Judée est en proie à un trouble profond)

 

CLAUDIA

Nos dieux, nous le savons, nous parlent par des songes.
Apprends, donc, Caecilia, quelle angoisse me ronge.
Juge si mon époux, que je n’ose affronter,
ne se moquera pas de ma crédulité.

 

CAECILIA

Romain tout comme vous, Pilate vous adore
et chassera bientôt l’effroi qui vous dévore.

(Claudia court à la fenêtre, par laquelle filtre une lumière blafarde).

CLAUDIA
Jérusalem s’éveille …

(en revenant)

Hélas : le croira-t-il ?
sa vie et son honneur sont ensemble en péril.
Et la Pâque des Juifs ne sera point passée
qu’il n’ait vu contre lui cette nation dressée :

CAECILIA

Une révolte, encor ? Mais qui la conduirait ?
L’élite d’Israël penche à collaborer.
Hérode hait Pilate ? Il craint l’aigle romaine
et préfère sa place aux entreprises vaines.
L’orgueilleux Sanhédrin lui-même hésitera
à rejeter soudain notre protectorat.

CLAUDIA

J’ai gardé de la nuit l’image d’une foule
déferlant au prétoire, abominable boule,
exigeant de Pilate, avec d’horribles cris,
le châtiment d’un Juste …

(tumulte à l’extérieur)

Ecoute ! Qu’est ce bruit ?

(les deux femmes, comme paralysées, tendent l’oreille : on distingue des sons métalliques et des injures confuses)

Mon songe me reprend : Dis-moi ce qui se passe :
j’ai peine à contempler le destin face à face.
(Caecilia se précipite vers l’ouverture).

CAECILIA

On amène un captif, enchaîné lourdement.
Sa contenance est fière, et son visage en sang.
Oh ! comme il doit souffrir : La soldatesque juive
s’acharne contre lui, crachats et coups se suivent …
Le grand prêtre Caïphe à son tour apparaît :
va-t-il calmer ses gens, ou se déshonorer ?

CLAUDIA

Mais lui, ce prisonnier que leur fureur accable,
peux-tu le reconnaître ?

CAECILIA, après un temps d’intense observation.

Il est méconnaissable !

CLAUDIA, s’étant décidée à la rejoindre.

Jésus de Nazareth, ainsi qu’il a parlé,
par cette nuit funeste, à mon esprit troublé !

(se détournant)

Ne sais-tu rien de lui ?

CAECILIA

Il est de ces prophètes
que s’invente Israël au creux de ses défaites,
orateur sans égal, expert en guérisons
dont le peuple se grise et s’émeut la raison.
Une chose lui manque : une haute naissance
qui pourrait convertir son prestige en puissance.
Mais fils d’un charpentier, pire : Galiléen :
il ne draine après lui que des hommes de rien.

CLAUDIA

Tu ne sais rien de lui. Bethléem l’a vu naître,
il descend de David et du monde est le maître !
Si mon songe dit vrai, il est l’élu d’un Dieu
tout à la fois terrible et miséricordieux.

CAECILIA

Madame, en vérité, l’égarement vous guette.
Voulez-vous que Pilate à vos propos s’arrête ?
Il faudra lui prouver que la divinité
souffre pour son élu pareille indignité !

CLAUDIA

Mais ce n’est rien encor. Les Juifs nous le confient
pour que Pilate juge, et qu’il le crucifie !
Dans un piège effroyable ils plongent notre main.
S’ils gagnent, c’en est fait de l’empire romain !

CAECILIA

Votre vision fut-elle à ce point formidable
que votre esprit s’abaisse à ces navrantes fables ?
Ce serait vous trahir que vous laisser penser
que Pilate pût croire à ce rêve insensé.

CLAUDIA

J’en ai vu davantage et m’attache, au contraire,
à n’évoquer ici que le plus ordinaire.
Mais me taire serait trahir le gouverneur,
représentant de Rome, auteur de mon bonheur,
auquel un nœud sacré depuis vingt ans me lie
et qui seul a pouvoir de trancher une vie !
S’il ne soustrait Jésus à ses persécuteurs,
tout est à redouter. Que me quitte la peur
et que Dieu, dont le sort de l’élu m’épouvante,
convainque mon époux par ma bouche tremblante.

Acte I – scène I et II

ACTE I

« PASSUS … »

(le matin du même vendredi, entre six et dix heures. Scènes I à VII et XII : dans une salle ouvrant sur la terrasse d’où Pilate prononce ses arrêts. Scènes VIII à XI : sur celle-ci) 

SCENE I : Claudia Procula, Ponce Pilate5.

CLAUDIA, entrant.

Pilate, écoutez-moi !

PILATE

Hélas : je ne le puis :
le grand prêtre des Juifs attend d’être introduit.
Il m’amène Jésus, prophète et thaumaturge.
La Pâque se prépare, et la décision urge.

CLAUDIA

Si j’ose vous troubler, c’est qu’il s’agit de lui,
Jésus de Nazareth, que l’on juge aujourd’hui.

(elle se jette à ses pieds)

On va vous réclamer sa mort et son supplice.
Au nom de notre amour, n’en soyez pas complice !
Ou craignez que le Ciel fasse tomber sur vous
l’insoutenable poids d’un éternel courroux !

PILATE

Relevez-vous, Claudia. Ce marbre aux tristes veines
ne sied point aux genoux d’une épouse romaine.
(il l’aide à s’exécuter)

Ainsi, vous m’implorez pour ce Galiléen ?
Pour vous intéresser, quel mérite est le sien ?
(il va sur la terrasse et en revient)

Sinon d’avoir perdu, tant ce peuple a de rage,
toute figure humaine. Ayez plus de courage !
Sommes-nous plus civils envers nos criminels ?
Leur mort nous vouerait-elle aux tourments éternels ?

CLAUDIA

Hier encore acclamé, livré par une ruse,
cet homme est innocent de ce dont on l’accuse !
Oubliez son aspect, ne bravez pas les Cieux :
son pouvoir est plus grand que celui de nos dieux.

PILATE

Toute louange s’use, à être exagérée.
Dois-je prendre pour guide une femme apeurée ?

CLAUDIA

Ce que je sais de lui, je ne puis le celer,
par un songe me fut cette nuit révélé.

PILATE

Un songe, dites-vous ?

CLAUDIA

… qui de cette journée
fait l’instant capital de notre destinée.
Toute l’histoire juive a déroulé son cours
et prophètes et rois m’ont parlé tout à tour.
Ils désignaient Jésus, ce captif dérisoire,
comme leur grand Messie auréolé de gloire.
Mais je l’ai vu pourtant des Pharisiens haï,
par Judas, l’un des siens, perfidement trahi …
Et voici que devant le prétoire s’amasse
la plus influençable et vile populace.
Il va falloir choisir. Ou bien vous condamnez
le Juste envers lequel ce peuple est déchaîné :
c’est alors qu’Israël, ivre de sa conquête,
s’enhardira peut-être à relever la tête,
tandis qu’un Dieu vengeur sur vous dirigera
la foudre qu’il réserve aux pires scélérats.
Ou bien vous défendez les droits de l’innocence,
vous conciliant ce Dieu qui sauve et récompense,
et rompez  d’un parti le complot ténébreux,
à Rome aussi fatal qu’à l’honneur des Hébreux.

PILATE, sombre.

Votre songe concorde avec nos haruspices :
ce jour à peine éclos n’est pas un jour propice.
(désignant, dans un coin, un autel païen)
J’invoque notre idole et brûle de l’encens.

CLAUDIA

Jésus sur votre seuil ruisselle de son sang !

PILATE, avec gêne.

Je n’en disconviens pas : ce malheureux prophète
n’a jamais de l’empire appelé la défaite ;
et lui qui par son peuple est criblé de horions
n’est pas demeuré sourd au cri du centurion6.
Si Caïphe et les siens l’accusent de blasphème,
requérant contre lui le châtiment suprême,
c’est qu’il est un obstacle à leur domination
et l’emporte sur eux dans la prédication.
Bref, si cet homme est moins que ce que vous en dites,
il a tout d’un loyal et saint Israélite.

CLAUDIA

Eh ! bien, qu’arrêtez-vous ?

PILATE, après réflexion.

Il sera libéré,
comme vous l’exigez, selon notre intérêt.

CLAUDIA

Votre décision prise, en aurai-je le gage ?

PILATE, retirant l’une de ses bagues7.
Acceptez cet anneau. 

(Claudia s’en saisit)

Faites-moi bon visage.
Je triplerai la garde avant de recevoir
le grand prêtre et Jésus. Je connais mon devoir.
(son épouse s’incline et sort. Le gouverneur donne,

A l’extérieur, des ordres brefs à ses officiers.
Un instant après, Abenadar et Cassius introduisent
Caïphe, Jésus et les gardes juifs qui le tiennent enchaîné,

Puis restent sur le seuil).

 

SCENE II :

Ponce Pilate, Caïphe, Notre Seigneur Jésus-Christ, gardes juifs ; sur le seuil, Abenadar et Cassius.

CAÏPHE

Si je risque mes pas, seigneur, dans cette enceinte
interdite à tout Juif selon notre Loi sainte8,
c’est pour que soit tranché, ce jour, avant midi,
le sort de ce Jésus, blasphémateur maudit.
Après, c’est notre Pâque et le grand sacrifice :
tout cède à notre culte, et même la justice.

PILATE, montrant Jésus, avec réprobation.

Vos sacrificateurs sont-ils bien exercés ?
Pour cet homme déjà la Pâque a commencé.
N’attendez pas de moi qu’à son sang je m’abreuve
ni que je le condamne en l’absence de preuve :
l’empire que je sers est un Etat de droit
où l’accusé n’est pas sans défense et sans voix.
Que lui reprochez-vous ?

CAÏPHE

L’aube poignait à peine9
quand nous l’avons jugé sans mépris et sans haine.
Devant le Sanhédrin réuni tout entier,
Jésus de Nazareth, un fils de charpentier !
s’est dit l’élu du Dieu qui créa ciel et terre,
jurant qu’il siégerait à la droite du Père !
Le blasphème est patent.

PILATE, haussant les épaules.
Appliquez votre Loi :
Rome n’arbitre pas ces litiges de Foi.
CAÏPHE

Nous l’avons condamné : la mort est son partage.
Mais son exécution requiert votre suffrage.

PILATE

La mort ! Pour quelques mots que sa bouche lâcha !

CAÏPHE

Pour un pareil blasphème, il n’est pas de rachat.

PILATE

C’est votre religion, la mienne est moins cruelle.
Avant d’en discuter, souffrez qu’on vous rappelle
que si je confirmais vos délibérations,
dix jours devraient courir avant l’exécution10 ;
et que s’il vous manquait l’aval que Rome impose,
il faudrait à Antioche élever cette cause11.

 

CAÏPHE, se justifiant.

Seigneur, depuis toujours, cet homme a blasphémé.
Nous avons des témoins. Sa parole a charmé
une foule nombreuse, et c’est sans indulgence
qu’il convient d’apprécier sa funeste influence.
Son démon est puissant : il a guéri parfois
quelques-uns d’entre nous, abusant de leur foi.

PILATE, avec indignation.

Si vous étiez en proie à un mal incurable,
que n’attendriez-vous d’une main secourable ?
Et si vous receviez d’elle la guérison,
appelleriez-vous crime une bénédiction ?

CAÏPHE, même ton.

N’a-t-il pas déclaré, sans sa triste folie,
qu’en notre éternité, nous n’aurions pas la vie
faute d’avoir mangé sa chair, et bu son sang ?
Cet homme est un coupable, et pas un innocent !

PILATE, avec une lourde ironie.
La menace est sérieuse : il convertit le Temple !
D’appétits forcenés vous me montrez l’exemple :
la soif qui vous altère est celle de son sang
et son corps n’est-il pas labouré de vos dents ?
CAÏPHE, glissant.

La religion n’est pas ce qui vous intéresse.
Apprenez que Jésus contre Rome se dresse :
il anime un parti de Zélotes sans loi
et refuse à César les impôts qu’on lui doit.

PILATE.

Ce sont là des griefs que l’envie échafaude.
Ma police est puissante, elle traque la fraude …
(il s’empare d’un rouleau de parchemin)
… et voici le rapport qui le décrit soucieux
de rendre ses devoirs à César comme à Dieu12.

CAÏPHE

Auriez-vous oublié ? Es-ce en ami de Rome
qu’il est entré tantôt dans la ville où nous sommes,
acclamé d’ »hosannas » …

PILATE

Sur un âne monté,
ne portant sur son front que son humilité 13!

CAÏPHE

Et rêvant cependant de ceindre la couronne
de David, dont le peuple obscur qui l’environne
s’est convaincu qu’il est l’illustre descendant !
Quand le Temple vous livre un pareil prétendant,
sachez mieux distinguer qui vous sert en Judée
et plutôt que de voir vos troupes débordées,
abattez sans faiblir la tête du complot !

PILATE

Vous en avez trop dit, n’ajoutez pas un mot.
Je vais l’interroger, hors de votre présence.
Je vous ai écouté, j’entendrai sa défense.
(il congédie Caïphe et les gardes juifs).

(A suivre)

(5) Selon Anne-Catherine Emmerich (ACE XIX), Claudia n’aurait réussi à approcher Pilate pour lui faire part de ses visions nocturnes qu’après l’envoi du Christ à Hérode, alors que ma scène VI a valeur de dernier avertissement. Celui-ci aurait été donné plus tard au juge romain par un messager de son épouse (Mt.XXVII, 19 ; ACE, XXI et XXIV).
(6) Allusion au centurion de Capharnaüm, dont Jésus avait guéri le serviteur malade.
(7) « Je ne sais si c’était un anneau, un cachet ou un bijou » (ACE, XIX).
(8) En réalité, il ne s’y risqua pas et cette confrontation eut donc lieu à l’extérieur du palais de Pilate (Jn. XVIII, 28 ; ACE, XVII).
(9) Un verdict rendu la nuit aurait été illégal (ACE XIV ; MG, « Anne et Caïphe », X).
(10) Sous la pression de la foule, Pilate violera lui-même ce sénatus-consulte de l’empereur Tibère, rendu 12 ans auparavant (MG, « Pilate », XXI).
(11) Un refus d’exequatur était susceptible d’appel devant le gouverneur de Syrie, dont la capitale romaine était alors Antioche.
(12) « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Lc. XX, 25 ; Mc. XII, 17 ; Mt. XXII, 21).
(13) Cette entrée du Christ à Jérusalem est commémorée sous le nom de fête des Rameaux (Lc.XIX ; Mc. XI ; Mt XXI).

 

Ponce Pilate


L’intérêt de ce drame en 3 actes est surtout, semble-t-il, dans la manière dont les rôles sont envisagés :  d’abord une liste des personnages, en évocation dramatique et historique en trois actes, en vers puis un prologue avec le vendredi de la Pâque juive, à l’aube, dans les appartements de Claudia Procula.

Les protagonistes tombent abruptes, rien n’indique leur âge, leur caractère, leur profession, leurs sentiments. Aussi indéterminés que le chevalier des romans de la Table-Ronde qui quitte son château inconnu et part à la recherche d’aventures. Ils ne savent rien de cet homme qui vient d’être arrêté.

Le milieu où ces mortels vivent est au contraire bien précis : Ponce Pilate est le Gouverneur de Judée.

Nous voyageons avec Caïphe, grand prêtre du Temple de Jérusalem, membre « majoritaire » du Sanhédrin, en Galilée.

Alain DIDIER

L’auteur,  juriste est né en 1950. Il est mon cousin et écrit depuis 40 ans pour le théâtre dans la plus pure tradition française de l’alexandrin.

Cet écrivain sera peut être un jour assassiné pour avoir produit cet ouvrage d’allure si innocente.

En explorant sa bibliothèque, on identifie les sources qui ont inspiré le livre magique.

Parmi elles, Alain Didier retrouve trace de l’ancien et du nouveau Testament, de la référence traditionnelle aux évangiles, des visions et révélations d’Anne-Catherine Emmerich sur la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ (Téqui, 1995), religieuse de Westphalie (1774-1824) et aux Biographies évangéliques de Mgr Gaume.

Et le profit qu’en tira Mel Gibson de ces révélations dans son film La Passion du Christ (2004) qui connut un succès mondial.

Puis l’évangile selon Pilate d’Eric-Emmanuel Schmitt qui fut adapté à) la scène, les mémoires de Ponce Pilate d’ANNE Bernet . Au-delà de ces indices d’importance, le voile ne sera pas levé davantage sur le livre, bible non clandestine qui, d’un bout à l’autre comptera autant d’initiés que d’adversaires.

Toute la vie peut s’écouler sans que l’on ne tombe jamais sur le livre aux effets extraordinaires qui bouleverserait notre existence. Certains lecteurs en rêvent comme du Graal ; d’autres, les plus rares, recherchent la perle.

L’auteur du drame en trois actes « PONCE PILATE » est de ceux là. On tombe sous l’empire d’un ouvrage qu’on se met à relire sans cesse, presque à recopier.  Ce livre peut ouvrir les portes d’un double labyrinthe, celui d’un amour non réciproque (est-on croyant ou non, insensible à la passion du Christ ? ) et celui d’un salvateur que le narrateur-auteur sillonnera au cours de son existence dans ses recherches et maintenant encore avec son drame en 3 actes qu’il vient de publier en quête de La vérité.

De ce livre ensorceleur, longtemps on ignorera toute la substance, comme la réalité de notre existence jusqu’à ce que le voile se lève quelque peu : il sera question du jugement de Jésus de Nazareth qu’Alain Didier cherchera dès lors à apercevoir dans sa propre vie, où qu’il aille, en chrétien de conviction.

De ce livre-opium, on découvre un jour l’auteur, un juriste qui pour répondre aux questions qu’il se pose se hisse au sommet de l’art dramatique, comme au  travers d’un rendez-vous théâtral.

Alain Didier répondra toujours aux questions posées :

En prononçant l’arrêt fatal, Pilate a-t-il été un agent conscient du rachat du genre humain ? Là, encore,  Alain Didier dira qu’il ne l’a pas été davantage que Juda s ou que les minoritaires du Sanhédrin quoiqu’échafaude, à leur sujet, Eric-Emmanuël Schmitt. (Lire * en bas). Une fatalité mécanique vient seule justifier l’acte violent et obstiné de ces êtres au lendemain du Sabbat qui se sentent toujours en danger de mort. Le Christ a été assassiné. Le mépris de l’auteur pour toute explication psychologique se comprend alors fort bien. Sa Foi est, bien sûr un don de Dieu auquel il s’est efforcé de correspondre en proposant cette représentation des fondements mêmes du christianisme au travers de son drame en trois actes.

Comment un livre parvient à envoûter, comment les mots exercent un pouvoir tyrannique.  Alain Didier le montre de manière aussi forte que nuancée. Les bouleversements ne seront pas les mêmes selon les lecteurs qui en deviennent les «adeptes» et croient dans le livre et les autres ;  mais en fin de compte, il les conduit tous à la même issue fatale : l’arrestation de Jésus de Nazareth par des soldats, le couronnement d’épines, la condamnation du Christ, inscription INRI, l’assassinat et la résurrection de Jésus.

Relater avec précision ce drame reviendrait à déambuler dans un labyrinthe, à croiser sans cesse les mêmes pensées ainsi que Marie-Madeleine « qui baigna de parfum son cadavre pâli, à l’aube de ce jour, je voulus être sûre qu’il ne manquait de rien » … Alain Didier ranime et exacerbe dans  « Ponce Pilate » des obsessions déjà présentes dans de nombreux ouvrages existants.

A force de traquer un livre qui vous échappe pareil à un vaisseau lointain, inaccessible à tous, étincelant de toutes ses amarres qui s’éloigne du rivage pour se perdre,  Alain Didier, sans le vouloir peut avouer aussi son échec. Pourquoi pas ? Il existe tant de choses qu’on ne sait pas.  Où est la vérité ?

Le labyrinthe l’aura mené très loin ou nulle part sinon à ses propres interrogations mais il se garde bien d’en conclure que la vérité se trouve dans son ouvrage, il laisse son libre-arbitre à  tout un chacun qui le lira.  Un retournement dans les deux sens car il peut aussi vous rétorquer : absence de preuve n’est pas preuve de l’absence.

Où est la vérité de l’au-delà ? Reste la puissance des mots, le pouvoir d’attraction qu’exerce l’écrit, et le style imagé grâce auquel l’auteur-narrateur se met à distance de temps à autre….

Bonne lecture à Vous.

A suivre

 

(*) graal ou Saint-Graal : vase sacré qui, selon la légende servit à la Cène, et qui recueillit le sang du Christ.

(*) Cet auteur reprend la thèse gnostique dite de « l’Evangile de Judas » faisant de celui-ci le plus fidèle disciple du Christ, à la fois assez intelligent pour entrer dans la dynamique réparatrice et assez discipliné pour livrer son maître son ordre. Quant aux seconds, il les associe au vote de mort du Sanhédrin, eux seuls ayant compris ce qui allait s’ensuivre.

 

Goya

Francisco José de Goya y Lucientes, dit Francisco de Goya, né le 30 mars 1746 à Fuendetodos, près de Saragosse, et mort le 16 avril 1828 à Bordeaux, en France, est un peintre et graveur espagnol.

La vie de Goya

La vie de Goya est encore enveloppée de mystère; son sens général a toujours échappé à qui s’est penché sur son oeuvre. les seuls renseignements que nous possédons sur sa vie sont les lettres de Goya à Zapater et les souvenirs recueillis par Matheron après 1850 dans le milieu bordelais qui a accueilli Goya à la fin de sa vie.

A l’aide de ces éléments, on insistait autrefois sur le romanesque de la vie de l’artiste qui enlevait une religieuse, se battait en duel, était l’amant d’une duchesse et l’amateur le plus fanatique de courses de tauromachie. Ses derniers historiens, au contraire, l’ont embourgeoisé, il l’ont montré excellent époux, bon père, respectueux des grands et des rois.

La première image est, sans doute, la plus vraie et la meilleure. C’est, d’ailleurs, celle qui cadre le mieux avec les œuvres et elle nous étonnera moins si nous nous replaçons dans le milieu artistique espagnol du dix-huitième siècle.

Parcours

C’est dans un milieu original et agité qu’en 1746 naît à Fuendetodos, village aragonais, François Goya, fils d’un artisan, un peintre doreur. Sa vocation se déclare très tôt : dès l’âge de quinze ans, il peint déjà à Saragosse; à dix-sept ans, il concourt pour une bourse à Madrid, puis il va travailler dans l’atelier de Bayeu, produisant des œuvres encore assez malhabiles et encore sans grand caractère. A vingt ans, il part pour l’Italie où il va demeurer quatre ans. Matheron raconte qu’il fut obligé de se réfugier en Italie à la suite d’un duel; la chose est possible. Il est possible aussi que son maître Luzan lui ait vanté l’Italie, particulièrement la ville de Naples où il avait lui-même passé cinq ans. Après ce vraisemblable voyage à Naples mais qu’aucun document ne permet de préciser, Goya passa sûrement de longs mois à Rome.

Goya dut, au lieu de fréquenter les musées ou les églises, regarder autour de lui et s’enquérir de tableaux exécutés par des artistes modernes. Leurs compositions mythologiques furent pour quelque chose dans la formation de son art de portraitiste. Puis en 1771, on retrouve Goya à Parme, prenant part à un concours : il s’agit de représenter Annibal vainqueur qui, du haut des Alpes, jette ses premiers regards sur les campagnes d’Italie. Goya obtient le second prix; ce séjour à Parme n’est pas accidentel; Goya n’est pas venu pour concourir; il a pris part au concours lors d’une visite qu’il allait consacrer aux œuvres de Corrège, but alors d’un véritable pèlerinage artistique.

Ses œuvres

En 1771, Goya revient à Saragosse où il peint à la Chartreuse d’Aula Dei de grandes fresques, dans un style monumental, avec des souvenirs de l’école de Piero della Francesca. De 1771, ou des environs, date le portrait de Mathias Allué, chanoine de la cathédrale, retrouvé par M. Laran au Musée de Castres. C’est sans doute, le premier portrait de Goya, c’est déjà un des plus expressifs et des plus frappants.

Quelques années plus tard, Goya est à Madrid, embauché dans l’équipe à laquelle Mengs, dans son règne éphémère, commande des cartons de tapisserie. Goya peint surtout les jeux et les plaisirs de la campagne : les vendanges, la moisson, le bal champêtre et le dîner sur l’herbe, le jeu de la cuiller, variante de notre colin-maillard, le cerf-volant et son grand arbre. Puis ce sont les laveuses, la rixe dans une auberge, la promenade à l’ancienne mode. Les scènes de la rue, aussi, avec l’animation des éventaires en plein vent du fripier, du marchand de vaisselle, de la marchande d’oranges, l’aveugle jouant de la guitare, personnage pittoresque, très espagnol, à l’époque où la mendicité était érigée en institution et où les aveugles formaient des confréries, la bouffonnerie, enfin, du mariage grotesque et disproportionné.

Les tapisseries montrent une exubérance débordante; à la grâce un peu facile comme celui des Vendanges. Par ce travail de tapisseries, Goya a accès à la cour. Avant de peindre la famille royale et les grands seigneurs, il obtient dès 1778 la commande d’un travail tout différent. On lui demande de reproduire par la gravure les principaux tableaux de Velazquez des collections royales. En 1780, Goya s’en va peindre des fresques à la cathédrale de Saragosse; il revient à Madrid l’année suivante. Et, de 1783, date le premier de ses portraits d’apparat, le beau portrait de Floridabianca. Bien en cour, peignant la famille royale, notamment le prince héritier et aussi sa femme dont la coiffure extravagante « à l’Almaviva » est à l’instar de Paris, Goya reçoit des commandes de la société madrilène. Cabarrus vient en tête; ce banquier de Bayonne, conseiller des finances du Roi, dont la tête bien française contraste vivement avec celles des modèles habituels de l’artiste. Puis, c’est l’aristocratie et le duc d’Osun tout d’abord qui se fait peindre avec sa famille et fait travailler Goya dans sa belle propriété de l’Alameda.

A la cour du Roi

Après la mort de Charles III, en 1788, Goya est nommé peintre de la chambre de Charles IV, il fait le portrait du nouveau roi en chasseur; bon nombre de ses portraits féminins sont aussi de cette époque : ceux de l’actrice Tirana, de madame de pontejos. Celui, enfin de la Comtesse del Carpio, peinture si prenante, si simple : une femme en noir avec une mantille blanche et un nœud rouge, mais si belle d’exécution et si saisissante d’expression avec ce long visage aux grands yeux. L’année 1792 représente une étape dans la vie de Goya, un arrêt; c’est qu’elle est marquée par une grave et longue maladie qui le laisse très éprouvé et complètement sourd.

La maladie

Désormais isolé, muré par sa surdité dont il souffrira beaucoup, il aura tendance à vivre sur lui-(même dans un pessimisme amer, au milieu de rêves, d’imaginations sombres et tragiques; après l’homme actif, à la vie toute extérieure et heureuse, nous allons voir le songeur, le visionnaire. A peine relevé de maladie, se remettant à peindre, il laisse des oeuvres comme la Procession des Flagellants, la Maison des fous et l’Enterrement de la Sardine, carnaval sauvage dans lequel les personnages portent des masques grimaçants.

Ces masques, Goya les mettra désormais souvant à ses modèles quels qu’ils soient, cherchant en eux les expressions les plus frappantes, sinon les plus horribles. Cette crise, cette phase de Goya ne dure pas plus d’un ou deux ans; elle lui laissera quelque chose, mais l’artiste se ressaisit et se mêle de nouveau à la vie. Puis arrive l’époque de la guerre d’Espagne; les Français ont envahi le pays, et le roi Joseph s’est installé à Madrid. Goya hésite, il est tiraillé dans des sens opposés; ses amis sont favorables à la France et reçoivent du nouveau régime places et honneurs. D’autre part, il a, lui, l’horreur de la guerre, la haine de l’envahisseur, et il exhibe son couteau portant l’inscription « Mort aux Français ». Ces contradictions expliquent sa conduite : il peint d’abord le roi Joseph d’après une gravure, il accepte de choisir avec d’autres commissaires des tableaux espagnols destinés au Louvre, puis il se retire bientôt à la campagne et travaille à ses Désastres. Dans des images inoubliables, Goya évoque les fusillades, l’exode, l’héroïsme des femmes espagnoles, les Français avec leur bonnet à poil hérissé qui leur donne l’air de sauvages, les empalés, les pendus, l’hiver tragique de 1808. il nous montre aussi des visions fantastiques et étranges : des oiseaux, des monstres. Mais bientôt Goya se ressaisit une fois de plus; il se montre lui-même, dans son beau portrait de 1815, capable de travailler, de produire; on ne reconnaît vraiment pas là un homme de soixante-dix ans. Il peint de nouveau des portraits;

Goya reprendra les thèmes de sa jeunesse, sans doute sur la demande d’amateurs; les Majas reparaissent, mais assez différentes. Les femmes au balcon. En 1819, nouvelle crise. Goya tombe gravement malade, et on le voit, dans un de ses tableaux, étouffer entre les bras de son médecin. Il se rétablit vite; mais, comme en 1792, la maladie l’ébranle, et peuple son esprit de fantasmagories. Il les grave dans ses Proverbes; il les peint sur les murs de sa maison. Ce sont des villes fantastiques au sommet d’un pic rocheux, des scènes de carnaval étranges, des aveugles chantant, des vieillards riant ou mangeant leur soupe qui annoncent Daumier.

Des œuvres fantastiques et mytiques

Un certain nombre de toiles montre la même obsession de formes bizarres et grotesques : les portraits du père Lacanal et de l’aveugle Tio Paquete, un Saturne dévorant. Ces visions fantastiques s’accompagnent de visions mystiques jusque-là inconnues de Goya : ses peintures destinées aux églises étaient toutes profanes, aucune n’a cette sorte de ferveur furieuse qu’on voit dans la communion extatique du vieux San José de Casalanz et surtout dans le Jardin des Oliviers, où Jésus en blanc, les bras en croix, tragique et désespéré, se rapproche, on l’a dit, de l’art de Greco. A partir de cette époque, Goya vit plus retiré; il ne travaille plus pour la Cour, ni pour les grands; d’ailleurs son libéralisme le fait mettre à l’écart et considérer bientôt comme suspect. Il doit se cacher, puis il quittera l’Espagne sous prétexte d’aller prendre les eaux de Barèges.

En réalité, il se fixe en France, à Bordeaux, où il retrouve ses amis proscrits. Un voyage à paris lui permet de voir le salon de 1824 et d’aller faire une visite à Horace Vernet. Cette visite est déconcertante, même si nous savons que Vernet était parent d’un de ses amis, et qu’il était considéré comme l’espoir de l’École française.

Nous sommes aussi déconcertés quand nous voyons ce que Goya rapporte de son séjour dans la capitale : un croquis représentant des chiens tirant une petite voiture avec l’inscription : »yo, lo visto en Paris ». Vite de retour à Bordeaux, Goya y travaille, gravant d’autres Proverbes, s’essayant à la lithographie, essais qui ont valu les magnifiques Taureaux de Bordeaux, vendant des dessins, peignant toujours dans un style de plus en plus large.

Il meurt en 1828, laissant inachevé le beau portrait de Pio da Molina, son voisin et ami.

Sources : Jean Adhémar – Tisné. Paris.

Références :

Œuvre la Laitière de Bordeaux. The official position taken by the Wikimedia Foundation is that « faithful reproductions of two-dimensional public domain works of art are public domain ».
This photographic reproduction is therefore also considered to be in the public domain in the United States. In other jurisdictions, re-use of this content may be restricted; see Reuse of PD-Art photographs for details.
Artiste : Francesco de Goya
Année : 1827
Lieu de conservation : Musée du Prado, Madrid
Les taureaux de Bordeaux. The official position taken by the Wikimedia Foundation is that « faithful reproductions of two-dimensional public domain works of art are public domain ».
This photographic reproduction is therefore also considered to be in the public domain in the United States. In other jurisdictions, re-use of this content may be restricted; see Reuse of PD-Art photographs for details.

La cathédrale Saint-André Bordeaux

Royal portal of the Saint-André Cathédral in Bordeaux, France.
22 May 2005
Photo taken by Olivier Aumage
Author Olivier Aumage
Permission (Reusing this file)
Olivier Aumage put it under CC-BY-SA-2.0-fr.

 

Vue de l’extérieur

La cathédrale Saint-André présente trois particularités : les portes s’ouvrant sur les faces latérales, une au pignon sud du transept, une au pignon nord du transept et une autre, la « porte Royale », au nord ; au niveau de la cinquième travée de la nef, le contrefort de Gramont, plus un clocher isolé dit Pey-Berland.

La nef est du XIIe siècle, avec sept travées et sans bas-côtés; la construction du transept et du chœur s’étale du XIIIe siècle au XVe siècle.

Le chœur, très large par rapport à la nef, comprend cinq travées, un déambulatoire double ; son chevet a cinq chapelles rayonnantes s’exprimant à l’extérieur par des polygones à trois côtés ; les contreforts qui les flanquent ont un riche décor, ainsi que les arcs-boutants.

 

 

Par Image details Casio EX ZR1000 Orikrin1998 CC-BY-3.0 (Travail personnel)  CC-BY-3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by/3.0),  via Wikimedia Commons

Description

Entre la quatrième et la cinquième travée de la nef, et sur le côté nord, s’élève extérieurement le contrefort de Gramont ; il est daté de 1533 et présente une ornementation faite de pilastres, médaillons, colonnes entourant un cadre contenant les armes de Gramont ; l’arc-boutant est composé d’une galerie de colonnes cornitiennes, bref un décor à l’italienne.

Les deux façades extrémités du transept ont des portails encadrés de tours carrées ; seules celles du nord se terminent par de hautes flèches. Le portail sud a trois voussures ; le tympan et le trumeau manquent ; les ébrasements latéraux ont huit niches vides, mais les soubassements sont ornés de chaque côté par cinq bas-reliefs d’une exécution très habile ; ils s’inscrivent dans des quadrilobes. Le portail du transept nord (XVIe siècle) a son tympan divisé en trois registres : le plus bas est réservé à la Cène ; au-dessus, c’est l’Ascension et, au registre supérieur, le Fils de l’Homme est assis sous un dais, quatre anges sont disposés à ses côtés.

Dans les voussures d’encadrement de ce tympan, trois rangées de statuettes figurent les anges, les apôtres, et à la plus extérieure voussure : les patriarches et les prophètes. La porte royale est le plus beau morceau de sculpture de la cathédrale. Au tympan figure le Jugement Dernier ; au centre, le Christ assis est le Christ ressuscité ; de chaque côté, deux anges tiennent les instruments de la Passion.

Architecture et christologie

La Vierge et saint Jean sont également représentés à genoux. Dans la partie supérieure du tympan, huit anges complètent cette tour céleste qui se continue dans les niches des voussures. Le linteau est réservé à la Résurrection ; quant aux pieds-droits, leurs dais abritent dix grandes statues d’apôtres qui offrent de nombreuses qualités de composition et d’exécution ; les draperies sont remarquables et les figures très belles.

Au-dessus du portail, il y a une galerie de huit arcades dans lesquelles sont représentés un roi, une reine et six évêques.

Un clocher isolé érigé au XVe sicle par l’archevêque Pey-Berland se dresse à l’est de l’église, dans le voisinage du chœur.

On doit lui reconnaître une ordonnance architecturale parfaite ; sa décoration, dans le style de celle du chœur de la cathédrale, se développe progressivement de la base au sommet ; simple à la partie inférieure, elle devient de plus en plus opulente lorsqu’on arrive au sommet. La très haute flèche de plan octogonal se termine par une statue.

 

 

 

Sources : Stany Gautier, Musée de Nantes

Ballade dans le quartier de Chinatown, Little Italy

Chinatown est un quartier asiatique situé dans le sud de l’arrondissement de Manhattan, à New York. À l’exemple d’autres Chinatowns (quartiers chinois), celui de New York constitue une enclave ethnique peuplée majoritairement de Sino-Américains. Depuis quelques années, la communauté chinoise du quartier de Flushing, dans l’arrondissement de Queens, moins connue, est devenue plus nombreuse. Situé entre Lafayette, Worth, Grand st et East Broadway

Chinatown fut sévèrement impactée par les attentats du 11 septembre 2001. Étant proche de Ground zero, le tourisme et le commerce mirent du temps à redémarrer, notamment à cause de la fermeture par la police de Park Row, une des deux artères importantes reliant le Financial Center (centre des affaires) avec Chinatown.

Little Italy

Le dépaysement est total dans ce quartier ethnique où des générations d’immigrants ont importé leur culture et leurs rites religieux. Il ne subsiste de Little Italy que quelques trattorias sur Mulberry St, mais les Italiens tiennent  ce territoire conquis par leurs ancêtres.

Seule une rue de Chinatown porte un nom chinois

Les autres (Mott, Bayard, Baxter, etc) évoquent des immigrants d’origine européenne installés ici dès le XVIIe siècle. Les premiers immigrants chinois étaient des marins et des marchands arrivés au début du XIXe siècle.

Une immigration chinoise

Après la Ruée vers l’or de Californie (1848-1856) et la construction de la ligne de chemin de fer transcontinentale (1863-1869) où ils étaient employés comme porteurs, les Chinois s’installèrent en masse dans les villes. A New York, le nombre d’arrivants explose dès 1869. L’immigration chinoise fut officiellement interdite entre 1882 et 1943, mais elle reprit de plus belle après la guerre.

La ville chinoise s’est développée avec la fin des quotas d’immigration de 1965

Le quartier connaît une intense activité économique avec ses centaines d’ateliers de confection, ses étals de légumes et de poisson frais et ses restaurants parmi les moins chers de la ville. Il ne cesse de s’étendre, au grand dam de sa voisine Little Italy, sur laquelle il empiète.

Chinatown

C’est aujourd’hui l’une des plus grandes villes chinoises hors d’Asie, avec 150.000 habitants (301 000 à NYC). Les Cantonais constituent le groupe le plus important, suivis par les communautés originaires du Guangdong et du Fujian.

80 km/heure et une bouteille d’eau minérale

Le Gouvernement en place a décidé de réduire, à partir du 1er juillet 2018, la vitesse sur les routes à double-sens, sans séparateur central, la maximale autorisée sera de 80 km/h à la place de 90 km/h.Selon Lui, cette mesure permettrait de sauver entre 300 et 400 vies par an.

« Le vin rouge c’est bon pour la santé »

 

Bien sûr il y a la vitesse comme principale cause des accidents de la route mais qu’en est-il aussi de l’alcool consommé à outrance lorsqu’on prend la route ?

Sans surprise, le mode de vie avec une consommation régulière d’alcool et de tabac (mélange qui ne fait pas bon ménage mais hors sujet dans cet article) reste le principal fauteur d’accidents de la route, sans parler d’évitables cancers, représentant 20 % et 8 % des cas, tous sexes confondus, en relation directe avec la consommation d’alcool.

 

L’alcool c’est festif, oui mais…

 

Connaître son dosage d’alcool dans le sang

Son dosage d’alcool dans le sang présente un grand intérêt en raison des troubles et accidents qui résultent de la prise d’alcool et des conséquences juridiques, pénales et financières qui en découlent.

On considère que le taux critique est de 1 g par litre, mais si les conséquences pénales apparaissent pour une alcoolémie comprise entre 0,5g et 0,8g par litre de sang, l’ivresse ne se montre qu’entre 1,50 et 2 g par litre ; au-dessus de 4 g, la personne risque le coma et la mort.

L’alcoolémie s’élève rapidement et atteint son maximum 30 à 45 min après l’absorption. Elle diminue après 6 heures et est nulle après 20 heures.

Elle est plus faible quand l’estomac contient de la nourriture et plus forte après l’absorption d' »alcools » plutôt que de vin.

Par exemple l’absorption en moins d’1 heure de 100 ml d’alcool pur entraîne une alcoolémie de 1 g par litre.

 

Teneur en alcool de quelques boissons

– 1 verre de Whisky = 15.5 g,
– 1 verre de Porto = 8 g,
– 1 coupe de Champagne = 9 g,
– 1 verre de vin à 12° = 9 g,
– 1 verre de bière = 8 g.

 

L’alcool dans le sang

Voici un résumé permettant à l’internaute de se situer vis-à-vis de la législation quand on prend la route après un déjeuner ou dîner :

– alcool fort (pastis) + 1/2 bout. vin AC + digestif = 0.78 g,
– whisky + 2 demis bière + digestif = 0.54 g,
– apéritif + 1/2 litre vin + digestif (cognac par ex.) = 0.81 g,
– porto + 1/2 bout de champagne + alcool blanc = 0.72 g.

Le café, loin de diminuer les effets de l’alcool, les accentue.

 

Valeur en alcoolémie de quelques boissons

Le premier chiffre s’entend à jeun, le deuxième après le repas. Dans tous les cas, 60 min après l’absorption :

– 1/2 litre de bière = 0.38 – 0.25,
– 1/2 litre de vin = 0.83 – 0.55,
– 1/2 bouteille champagne = 0.63 – 0.42,
– Pastis 45 ° = 0.13 – 0.08,
– Whisky 40 ml = 0.27 – 0.18,
– Alcool blanc = 0.29 – 0.20,

Pour les femmes, le coefficient est de 0,60 %, ce qui augmente l’alcoolémie.

L’absorption au cours d’un repas diminue de 0,30 %. La diminution horaire est de 0,16 % par heure.

Dorvault estime qu’un adulte ne devrait en aucun cas dépasser 3/4 de litre de vin à 10 ° (homme en activité) et 1/2 litre pour une personne sédentaire par jour.

 

Tout ceci est à considérer compte tenu des départs en vacances et sorties, les variations de l’alcoolémie sont nombreuses. Les premiers effets apparaissent à 0.20 %. Entre 0.50 et 0.80 g le comportement est modifié. L’incoordination motrice apparaît avec l’augmentation des délais de réaction visuels et moteurs vers 1 g%. Ces chiffres varient bien évidemment selon les individus et le degré d’accoutumance.

 

Encore faudra-t-il que la mesure des 80 km/h soit bien appliquée par TOUS les automobilistes. Car la Loi apparemment n’est pas faite pour tout le monde. Quand vous tentez de respecter les limitations de vitesse, de rouler à ces 50 km/h qui vous endorment à moitié sur certaines portions de routes, – voir comment certain(e)s vous collent, ou vous gratifient d’une queue de poisson rageuse …

Bonnes vacances !

 

 

 

New York, vues du Grand Canyon

 

New York, ville mythique nourrie d’influences planétaires. Dès l’arrivée, la skyline fascine. Vertigineuse, trépidante, immense, cosmopolite, New York a de quoi faire rêver ! Voici quelques modestes vues de cette ville et d’une virée dans le Grand Canyon.

 

Visitons la grosse pomme

 

Le climat, de mai, juin à octobre sont les mois les plus agréables. Les étés sont très chauds et humides, les hivers quasi polaires. Il y fait un « froid de gueux ».

Votre vol durera entre 6 et 7 h depuis Paris. Pour le décalage horaire : ce sera 6 h avec la France, en toute saison. Devise : dollar américain

Pour le budget, il ne faut pas le minimiser. A New York, le coût de la vie est élevé. Les prix sont affichés hors taxe (8,875 %).

Côté shopping vous pourrez réaliser de bonnes affaires si vous cherchez. Si vous êtes à l’affût des dernières tendances, vous pourrez vous plonger dans le cœur de Brooklyn, ou dans les boutiques de Soho sans oublier la vie nocturne du Meatpacking District.

Si vous aimez la nature, vous irez très certainement à Central Park, vous pouvez parcourir la High Line en apesanteur ou explorer le jardin botanique du Bronx.

 

Vues de New York et du Grand Canyon

Quant aux sorties, vous avez le choix entre la comédie musicale, la pièce de théâtre, le ballet, l’opéra ou le concert en plein air dans Central Park ou bien encore la musique live dans un club de jazz.

Enfin n’oublions pas les plages du sud de Brooklyn ! Il y a la mer à New York…

 

Manhattan et Brooklyn

Voyages

 

Harlem et Upper Manhattan

 

Né de la spéculation immobilière à la fin du XIXè s., cet ancien faubourg résidentiel de la bourgeoisie blanche a longtemps été synonyme d’exclusion raciale.

C’est à l’Apollo Theater de Harlem que l’aventure du jazz a commencé dans les années 1920. La gentrification de Harlem est en cours.

Des hôtels design et des restaurants branchés ont surgi dans le quartier ces dernières années.

 

Brooklyn

 

Traverser l’East River pour découvrir l’autre New York. Brooklyn est le borough le plus intéressant après Manhattan.

Il faut absolument explorer Brooklyn Heights avec ses maisons de ville au charme british ; Park Slope, pour son musée et ses parcs paysagés ; DUMBO, un quartier d’entrepôts réhabilités sur les quais de l’East River; et le quartier juif de Williamsburg, devenu très à la mode.

Dès les années 1860, les hauteurs de Brooklyn Heights, Park Slope, Carroll Gardens) se couvrent d’élégantes maisons bourgeoises en grès brun (brownstone). Un siècle plus tard, nombre d’artistes quittent Soho pour investir les entrepôts désaffectés de Williamsburg, Greenpoint et Sunset Park. Aujourd’hui, une nouvelle génération de trentenaires aisés loge dans d’anciennes manufactures et ont su valoriser ce quartier.